Ainsi donc, après cinq années marquées par une aggravation du chômage d'un million de personnes, le Président de la République a réuni pendant quatre heures - quel exploit ! - les organisations syndicales et patronales et, après les avoir poliment écoutées, a délivré ses décisions. Des décisions tardives, incomplètes, insuffisantes, qui sonnent comme un aveu : la politique économique et sociale suivie depuis 5 ans est un échec.
Trois ans après l'Allemagne, voici que le gouvernement découvre les vertus du chômage partiel : mieux utilisés, les milliards d'euros d'argent public engloutis dans la défiscalisation et les réductions de charge sur les heures supplémentaires auraient sans doute pu éviter de nombreux licenciements au cours de ces derniers mois.
Ce n'est pourtant pas faute, pour le pouvoir, d'avoir été alerté par l'opposition sur ce point.
Pour celles et ceux qui ont été privés de leur emploi au cours de ces derniers mois, cette volte-face gouvernementale ne changera malheureusement rien : le mal est fait. Pour les autres, tant que la mesure ne sera pas financée sur le long terme, ce ne seront que quelques semaines de gagnées. C'est toujours ça. Mais cela reste insuffisant.
Trois ans après avoir mis en chantier et fait voter une loi d'orientation sur la formation professionnelle, le gouvernement doit constater l'absence de résultats de sa politique : nous l'avions pourtant mis en garde sur la nécessité d'agir au plus près du terrain, en concertation étroite avec les régions, dont c'est la compétence, et en tenant compte des besoins des plus fragiles des travailleurs, souvent exclus de fait de dispositifs de formation dont les bénéficiaires ne sont pas toujours ceux qui en ont le plus besoin. Peine perdue : le gouvernement avait voulu passer en force.
L'annonce présidentielle d'une remise à plat de l'organisation de la formation professionnelle signe la reconnaissance de son échec.
Trois ans après avoir fusionné, dans la précipitation et la plus grande confusion, ASSEDIC et ANPE, la majorité est contrainte de constater que les moyens affectés à Pôle Emploi sont inadaptés. Le recrutement de 1000 agents supplémentaires ne devrait malheureusement pas suffire pour assurer le suivi efficace des demandeurs d'emplois auquel le gouvernement s'était engagé. Tout au plus ces agents supplémentaires pourront-ils décharger les salariés de Pôle Emploi d'une partie de la charge de travail accumulée. Mais chacun perçoit le caractère éphémère et purement conjoncturel de la mesure.
Au-delà de ces annonces convenues et attendues, le président a cherché ce matin à gagner du temps, et a fui ses responsabilités en renvoyant à plus tard l'annonce des mesures les plus impopulaires et les plus controversées de sa énième stratégie pour l'emploi. La hausse de la TVA notamment, qui va frapper durement les classes moyennes et les plus fragiles a été dénoncée par toutes les organisations syndicales. Elle sera tout de même annoncée dans quelques jours : voilà qui en dit long sur la réalité du dialogue social mis en scène ce matin à l'Elysée...
La gesticulation présidentielle du jour ne trompe plus grand monde : ce sommet social qui n'est qu'une opération de communication préélectorale désespérée sonne le glas d'une politique qui a échoué et de promesses qui ont été trahies. Plus que jamais, une réalité s'impose : pour changer vraiment de politique, il faudra changer de Président.



















