30 août - 5 septembre

La rentrée sur tous les fronts : préparation, à l'Assemblée, d'une session extraordinaire chargée, visites d'établissements scolaires à la rencontre des enseignants, réunion avec les syndicats du département pour discuter de la réforme des retraites, dossiers locaux... Le député ressort son cartable affûte ses arguments...

MARDI

Aller-retour dans la journée vers la capitale, pour une escapade à l'Assemblée : même si le travail parlementaire n'a pas repris officiellement – la session extraordinaire ne débute que mardi prochain – il convient de se caler avec les collègues sur les agendas des semaines à venir. Pressé de dégager la route à un nouveau gouvernement, et de se débarrasser définitivement des sujets qui fâchent, notamment au sein de la majorité, le pouvoir a concocté un programme particulièrement indigeste pour cette session : retraites, deuxième lecture de la réforme des collectivités locales – mise en lambeaux par le Sénat !- deuxième lecture de la loi sur la Burqa, enième loi sur l'immigration... n'en jetez plus, la coupe sera bien pleine lorsqu'il s'agira, fin octobre, de débuter l'examen du budget.

Je retrouve avec plaisir mes collègues écolo, dont Anny Poursinoff, la "petite nouvelle" - chacun son tour ! - élue en juillet à Rambouillet – une terre de mission !- lors d'une élection partielle. Nous ne serons pas trop de quatre pour porter, sur tous les sujets à l'ordre du jour, la parole des écologistes !

J'examine le premier jet des amendements au projet de loi sur les retraites préparés par nos assistants parlementaires. La stratégie définie ce matin avec mes collègues est claire : ne pas se lancer dans une guerilla parlementaire inutile, mais dessiner notre propre vision et tenter d'arracher des avancées sur les dispositions les plus insupportables du projet gouvernemental.

Sur la forme, je constate, sidéré, que le Président de l’assemblée nationale n’a pas jugé utile de réunir la conférence des Présidents qui fixe l’ordre du jour. Une semaine avant le début de la discussion sur les retraites, nous ne savons toujours pas comment vont se dérouler les débats. Jusqu’au bout le gouvernement aura donc tout fait pour empêcher un débat serein et correct.

MERCREDI

Si les élèves devront attendre demain pour retrouver leurs copains et découvrir leurs enseignants, pour les instits et les profs, la rentrée c'est aujourd'hui – en fait, hier et aujourd'hui. Je mets à profit cette pré-rentrée pour faire quelques visites à des établissements de la circonscription, histoire de mesurer, sur le terrain, les effets des politiques éducatives nationales, et de pouvoir échanger avec les enseignants sans que cela les gêne dans leur travail avec les élèves.

Je trouve des équipes impatientes de retrouver leurs élèves, mais inquiètes : la réduction des effectifs enseignants n'est pas un vain mot, et dans certaines écoles, il faudra se battre pour maintenir les postes. J'apprends que dans une école maternelle, c'est de la présence – ou de l'absence – de deux élèves (64 ou 66) prévus que dépendra le maintien ou non de la troisième classe : la perspective de deux classes de 33 ne semble pas inquiéter outre mesure les autorités académiques... Je rentre au bureau en demandant à mon assistante de rester en contact avec la directrice de l'école. Alerter au besoin les responsables administratifs des dysfonctionnements créés, sur le terrain, par les choix politiques nationaux, et tenter de contribuer à leur trouver des solutions concrètes, ça sert aussi à ça, un député !

Au-delà de ces questions de postes d'enseignants, la discussion a été riche : je suis toujours surpris du décalage qui existe entre l'image véhiculée d'une Education nationale conservatrice ou sclérosée et la lucidité, parfois l'audace, des propos qui sont tenus dans ce type de rencontres. Sur la difficulté de faire vivre des établissements de petite capacité enclavés dans des quartiers d'habitat social, notamment des collèges, les témoignages sont édifiants. Ils démontrent assez clairement que c'est par une réflexion collective et sans tabou, avec comme objectif de rendre les établissements réellement mixtes socialement et attractifs que se trouveront les solutions. Pas dans le retour au chacun pour soi choisi par le gouvernement avec la pseudo-suppression de la carte scolaire. Je ressors de la tournée des écoles plus que jamais convaincu que l’école, si vitale pour le progrès d’une société qui progresse, l’école évoluera si on commence par soutenir les enseignants, leurs projets et leurs initiatives. Pour cela, il faut renforcer le dialogue avec les acteurs de l'école, qui ont le plus souvent l'impression, assez juste au demeurant, d'une classe politique qui parle d'eux sans les entendre. Le prochain atelier parlementaire de circonscription sera consacré au sujet.

 

JEUDI

Après la rentrée scolaire du point de vue du député, je la vis en tant que père d'élève. Tout se passe bien, et je ne note aucun regret lorsque je laisse ma fille rejoindre avec ses copines sa nouvelle classe. Comme chaque année, l' orgueil parental en prend un coup, et nous nous retrouvons, parents, les bras ballant, à la sortie de l'école, avec le sentiment que le stress de la rentrée n'est pas vécu par celui ou celle à qui on l'attribue généralement !

Après une matinée consacrée à l'examen des dossiers en cours, déjeuner avec Jean-Philippe Magnen. Ses nouvelles responsabilités régionales font que nous nous voyons moins souvent que par le passé, et c'est toujours un plaisir de le retrouver. Nous évoquons ensemble la construction en marche du rassemblement des écologistes, et ses prochaines étapes locales comme nationales et la vie d'un groupe politique désormais élargi par la volonté des électeurs, et mieux intégré aux décisions de la majorité. Vice Président de la région, Jean-Philippeme réaconte la nouvelle façon de travailler avec nos partenaires qu’il est en train d’instaurer à la région : il n'a rien perdu de son humour, et de sa chaleur communicative. Comme quoi, on peut allier action politique et satisfactions personnelles !

L’après-midi, ma permanence est presque trop petite pour accueillir les représentants des unions départementales des principaux syndicats, que j'ai conviés à une réunion sur les retraites. Mes interlocuteurs me disent parfois leur surprise devant cette initiative : ils partagent le même refus du texte gouvernemental, mais ne sont pas toujours porteurs des mêmes solutions. Je leur explique le sens de ma démarche : exposer à tous, et de la même manière, le calendrier des travaux parlementaires, leur faire part en toute transparence de la position que je défendrai dans l'hémicycle, et engager une discussion avec tous, afin de faire progresser ma réflexion – j'intégrerai d'ailleurs quelques éléments de ces échanges dans les amendements déposés. Mais la surprise exprimée m'interpelle : n'est-elle pas, finalement, l'aboutissement logique d'une pratique du dialogue social dans notre pays qui consiste pour les responsables politiques, plutôt que de mettre tout le monde autour de la table, à recevoir successivement chaque acteur, à pratiquer une succession de dialogues singuliers certes polis, mais qui ne peuvent pas aboutir à un vrai débat ? Sur le dossier des retraites en tout cas, c'est ainsi que le gouvernement a procédé : on a vu le résultat en termes de dialogue social !

Des trois heures de discussion, riches, je retiens trois éléments essentiels : d'abord, la forte mobilisation et la détermination des centrales syndicales : mes interlocuteurs me disent qu'elle devrait conduire, à Nantes, à une manifestation massive mardi prochain.

Je note également une convergence assez forte dans le diagnostic de la situation du système de retraite qui conduit tous mes interlocuteurs à souhaiter une réforme pérenne et juste – de ce point de vue, les caricatures sur les syndicats coupés de la réalité financière et budgétaire que la droite ne cesse de véhiculer ne trouvent pas leur traduction sur le terrain ! Dernier enseignement de cette bonne rencontre, la demande réitérée des responsables syndicaux locaux de clarté politique sur la question des retraites.

Et cette demande, elle s'adresse bien entendu à l'opposition. « Nous avons bien entendu votre position sur cette réforme. Mais quelle serait votre attitude et vos propositions si vous étiez demain dans la majorité ? ». La question a le mérite de la franchise, et elle est légitime : le monde du travail n'a pas oublié que la réforme Balladur de 1993 n'a pas été remise en cause par le gouvernement Jospin. Que les modifications de 2003 et 2007, qui avaient donné lieu à une forte opposition parlementaire, ont été intégrées par nos partis politiques dans leurs réflexions sur l'avenir. Bref, le risque est grand pour l'opposition de donner le sentiment de céder à la facilité et à la démagogie du moment, quitte à oublier, une fois revenu au gouvernement les grandes déclarations faites dans l’opposition.

On touche là me semble-t-il à une question centrale de la politique, et notamment en France, où la culture du compromis est encore assez peu répandue.

A mes yeux, être opposant, c'est tout faire pour que les lois et réglementations proposées par le pouvoir et qui ne correspondent pas à vos options ne soient pas mises en oeuvre - c'est le sens des votes négatifs émis sur la plupart des textes proposés au parlement- , et que leurs effets pervers soient atténués - c'est le sens des dépôts d'amendement, qui ne sont pas des occasions de mener une guerilla, mais bien de limiter les effets de mesures que l'on juge négativement, voire -cela arrive- d'améliorer tel ou tel texte existant.

Mais une fois le texte voté, il s'applique.

Et si, arrivée au pouvoir grâce à une nouvelle confiance majoritaire, l'opposition d'hier se mettait en tête de défaire tout ce que la majorité précédente avait adopté, on aboutirait vite - et d'ailleurs, on n'en est pas loin souvent !- à un engorgement législatif excessif, qui empêcherait de se concentrer sur les solutions que l'on aurait proposées aux Français.

La loi, c'est la résultante de mesures successives prises par les différentes majorités, sur la base des choix exprimés par les électeurs et après un débat au Parlement où chacun doit avoir pu s'exprimer et faire valoir son point de vue.

Cela ne peut pas être - ou ne devrait pas être - une sorte de stop and go, d'aller-retours permanents qui sont facteurs d'insécurité absolue pour les acteurs sociaux, et ne permettent pas d'avancer.

La préparation de l'alternance, sur la question des retraites devra donc se faire sur la base du dispositif qui sera en place après le débat parlementaire en cours. Les critiques de la majorité vis-à-vis de l'opposition sur le thème "mais où est votre projet ?" n'ont que peu de sens, sinon l'intérêt médiatique pour le pouvoir de se présenter comme "seul responsable véritablement en charge". Mais c'est une lapalissade : il n'y a, à chaque instant, qu'un gouvernement, et qu'une majorité !

Chaque chose en son temps donc : aujourd'hui, notre rôle de députés de l'opposition, c'est de faire entendre la voix des salarié-e-s qui se mobilisent jusque dans l'enceinte de l'Assemblée. C'est de tenter de convaincre la majorité du danger qu'elle court à agir dans l'urgence et sans concertation sur un sujet aussi essentiel pour le pacte social.

Une fois le texte voté - et on peut espérer qu'il évolue tout de même en tenant compte des mobilisations en cours, et de nos arguments - il appartiendra aux mouvements politiques d'annoncer leurs propositions pour l'avenir.

Et ces propositions devront tout à la fois être claires et ouvertes. La clarté, parce qu'il n'est rien de pire que de donner le sentiment de jouer avec la vérité et que l'objectif doit être que nos concitoyens se prononcent, lors des prochaines élections, en toute connaissance de cause. L'ouverture, parce qu'il n'y aurait aucun sens à réclamer une vraie démocratie sociale alors même que l'on concocterait, seul dans son coin, un contre-projet de réforme des retraites. De ce point de vue, la critique que nous renvoie la droite porte en elle-même sa propre réponse : quel est votre projet ? nous demande sans cesse Monsieur Woerth. Il n'a pas compris que, pour être acceptable, toute réforme dans ce domaine ne peut être que le fruit d'une négociation et que, par principe, sauf à mimer la démocratie sociale - ce qu'il fait lui-même avec constance, sans tromper grand monde - on ne peut à l'avance préjuger du compromis auquel on aboutira avec les partenaires sociaux.

Voilà mon sentiment pour la méthode.

Sur le fond, au sein des écologistes, je défendrai un ligne compréhensible par tous : annoncer que nous engagerions sans tarder une négociation avec les partenaires sociaux, qui intégreraient des engagements qui seraient inscrits au coeur du contrat avec les Français. C'est sur ces bases, démocratiquement validées, que les partenaires sociaux seraient appelés à définir le nouvel équilibre du système. Ces engagements doivent à mon sens être au nombre de cinq :

  • le rétablissement effectif du droit à la retraite à 60 ans et le retour aux 65 ans pour une retraite sans décote;

  • la garantie d'un revenu minimal indexé à un pourcentage du SMIC annoncé pour protéger le niveau des pensions et assurer la solidarité avec celles et ceux qui auront eu des emplois mal payés, à temps partiel contraint ou des carrières discontinues;

  • une prise en compte collective de la notion de pénibilité, métier par métier, qui permette une définition en fonction de la réalité des conditions de travail de chacun-e - et donc ne génère ni une multiplication des régimes spéciaux, ni une vision purement médicale de la question-,

  • le principe d'une diversification des voies de financement, en y incluant les revenus du capital, parce qu'il est toujours plus acceptable, socialement et financièrement, de pratiquer par des hausses réparties et contenues plutôt que de charger la barque de tel ou tel contributeur

  • le refus d'une fuite en avant dans des projections qui tableraient excessivement sur une croissance aussi hypothétique que difficilement soutenable, ou sur une hausse massive et généralisée des cotisations ce qui viendrait alourdir encore le coût du travail, donc pénaliser les créations d'emplois et rogner immanquablement le pouvoir d'achat des actifs.

Sur le reste - sur tout le reste, de la durée des cotisations au type et aux niveaux de contribution, en passant par le type de calcul, "à la carte" par points ou inspiré d'autres modèles européens- que les politiques apprennent l'humilité, et qu'ils acceptent de laisser sa chance à la négociation !

Avant de quitter la réunion, certains de mes interlocuteurs me glissent que, ayant sollicité l'ensemble des parlementaires du département pour discuter du projet de loi, ils ont reçu réponse et rencontré quelques-uns de mes collègues, mais ...d'aucun de l'UMP ! Apparemment, l'absence d'écoute des partenaires sociaux n'est pas, à droite, l'apanage du gouvernement !

VENDREDI

Retour aux « affaires locales ».

A Nantes, le projet de transfert du CHU sur le site de l'île de Nantes, porté par la direction de l’hôpital, continue de faire débat. Un certain nombre des arguments de ses opposants, clairement politiciens dans leur démarche, relèvent de la plus pure mauvaise foi, ou du café du commerce. Mais il est des questionnements qui se font jour, chez certains personnels, chez les riverains, dans les équipes des unités hospitalières aujourd'hui géographiquement éclatées, qui méritent d'être entendues, et intégrées à la réflexion en cours. J’ai d’ailleurs constaté ces derniers mois que c’est un sujet dont on peut dire « tout le monde en parle ». Cela intéresse et préoccupe bien au-delà des professionnels ou de celles et ceux qui ont déjà eu l’occasion de fréquenter le CHU. J’y vois le signe positif d’un attachement à un hôpital public performant et une soif de débat sur les grands enjeux pour la ville de demain.

C'est dans ce cadre que je reçois ce matin, à sa demande, un éminent professeur de la communauté médicale nantaise. Même s’il ne se cacha pas qu’il a un certain parti pris en faveur de l’hôpital Nord, ses arguments méritent d’être entendus. Il faudra que, avec mes amis du groupe Europe Ecologie à la communauté urbaine, nous nous penchions plus précisément sur une question qui n'est pas seulement médicale ou de santé publique, mais également un enjeu majeur pour l'aménagement du territoire de notre agglomération. Nous le ferons dans le cadre de la solidarité majoritaire qui nous lie à nos partenaires, mais également avec nos exigences environnementales et sociales, et notre point de vue d'écologistes. Pas de doute, sur ce projet majeur, nous devons être ouverts, et pragmatiques. L'exigence démocratique, que nous portons dans nos revendications vis à vis du pouvoir national, appliquons-la également à nous mêmes : c'est en prenant le risque de la contradiction, et de l'intégration à nos réflexions et à nos décisions des points de vue différents, ou spécifiques des acteurs de terrain que nous serons réellement utiles aux coalitions de gestion auxquelles nous appartenons.

Après un déjeuner sympathique et convivial avec un militant socialiste orvaltais, je travaille avec Pascale Chiron, co-présidente du groupe Europe Ecologie communautaire, sur les dossiers locaux. Une discussion utile et qui remet en perspective les actions nationale et locale. De retour à Orvault, c'est une réunion locale d'Europe Ecologie que nous tenons à la maison, ce qui met un peu de convivialité, cidre et wiskhy aidant!

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