mar.

03

juil.

2012

Les députés écologistes accordent leur confiance au gouvernement Ayrault

Au sein de la majorité, les députés écologistes seront "actifs, constructifs et déterminés", mais également " des partenaires exigeants, parce que les Français sont exigeants, et parce que la situation économique et sociale l'impose."

Dans sa première intervention en tant que co-président du groupe écologiste à l'Assemblée, François de Rugy a répondu à la déclaration de politique générale du Premier ministre. Il a notamment rappelé que "l'indépendance d'esprit, la liberté de conscience et de vote des écologistes ne sont pas(...) une revendication : elles sont avant tout une condition de la réussite de la majorité tout entière."

 

>> lire l'intervention de FDR

 

Monsieur le premier ministre,

Mesdames et messieurs les membres du gouvernement, 

Monsieur le président, 

Chers collègues,

 

Au-delà de notre hémicycle, je veux penser aux Français qui nous regardent cette après-midi, ou qui prendront ce soir connaissance de ce débat. 

 

Pour avoir, comme chacun d'entre nous, passé ces dernières semaines en rencontres de proximité, en porte-à-porte, ou en réunions avec les acteurs socio-économiques dans nos circonscriptions, nous savons que chez nos compatriotes, la lucidité est grande devant les défis  à relever, l'inquiétude forte devant les risques, et la conscience d'une nécessité d'efforts réelle.  

 

Oui, les Français sont clairvoyants, oui les Français connaissent les enjeux. 

 

Et oui, les Français sont prêts à consentir des efforts importants pour contribuer au redressement de nos comptes publics, et à l'émergence d'une économie nouvelle et créatrice d'emplois.

 

Mais à cela, ils mettent une exigence : la justice. A chaque fois que vous remettrez de la justice dans notre système fiscal, dans notre protection sociale, dans les dispositifs de prestations, quant bien même cela heurtera des lobbies puissants ou des intérêts particuliers organisés, soyez en certains, Monsieur le premier ministre, vous trouverez dans les député-e-s écologistes des partenaires actifs, constructifs, déterminés.

 

Tous ces efforts, les Françaises et les Français y sont prêts, parce qu'elles et ils ont une préoccupation centrale. Une préoccupation présente dans tous les milieux, à tous les âges, que l'on ressent pour soi, son conjoint, ses enfants, ses petits-enfants mais aussi pour ses parents : cette préoccupation, c'est l'emploi et un revenu pour faire vivre sa famille.Sur tous les bancs de cet hémicycle, où que l'on soit placé, d'où que l'on soit élu, chacune et chacun d'entre nous est porteur de cette même exigence, de cette même impatience qui monte des tréfonds de notre pays : un emploi pour tous, un avenir pour chacun. 

 

Rarement, monsieur le premier ministre, un gouvernement aura eu à faire face à tant de défis contigus : le défi de la dette, née d'une financiarisation à outrance de l'économie et à l'absence de pilotage politique de notre monnaie commune, l'euro. Le défi démocratique, qui fait de notre assemblée l'assemblée élue dans le plus fort contexte d'abstention jamais enregistré à une élection législative. Le défi de l'adaptation de notre législation à des modes de vie toujours considérés comme marginaux alors qu'ils sont devenus communs. Le défi, bien entendu, d'une crise écologique et climatique sans précédent, qui voit les ressources naturelles se raréfier, les conditions de vie se détériorer et l'avenir des générations futures assombri. 

 

Tous ces défis, nous les affronterons. 

 

Mais la question qui se pose aujourd'hui, c'est de savoir si nous les relèverons dans la justice et la solidarité, en anticipant les évolutions inéluctables, en en faisant des opportunités saisies plutôt que des contraintes subies, ou si nous continuerons à vivre de crise en crise, en laissant des pans entiers de notre société sombrer dans le repli sur soi.Oui, les Français sont lucides, et c'est pour cela qu'ils ont choisi le changement.

 

De ces dix dernières années de gouvernements de droite, marquées par la recherche d'une croissance improbable, menée de manière souvent désordonnée, au prix de choix fiscaux ou réglementaires incohérents frappés du sceau de l'injustice sociale et de l'inconséquence environnementale , les Français ont appris : la croissance classique, celle dont rêvent les libéraux, qui est bâtie sur la dématérialisation de l'économie, la mondialisation sans règles ni éthique, le grignotage insidieux du droit du travail, le pillage environnemental, cette croissance-là ne suffira pas à régler le défi de l'emploi. Cette politique libérale, qui n’a de cesse de réduire l’emploi public et de déréguler l’économie a conduit pendant la dernière mandature 700 000 personnes au chômage et aux allocations de remplacement. Et à droite, on a osé nous parler du "cancer de l'assistanat" ? Mais l'assistance aux personnes en situation de danger social  est un devoir de notre République qui est - rappelons-le "sociale", les mots ont un sens. Cette politique d'assistance est le signe d'une série d'échecs économiques, elle n'en est pas la cause ! 

 

Oui, l'emploi conditionne tout le reste : les recettes de l'Etat et des comptes sociaux, la capacité de nos compatriotes à se projeter dans l'avenir et à entreprendre, le pouvoir d'achat et la capacité à faire face aux dépenses du logement et de l'alimentation.  

 

Pour relever ce défi de l'emploi, la première des conditions, c'est de mieux former la jeunesse. C'est aussi de soutenir des activités pérennes et créatrices de conditions de vie améliorées pour nos compatriotes. C'est enfin de concentrer les moyens d'action de l'Etat, et en premier lieu ses moyens financiers et budgétaires contraints, sur l'accompagnement d'une nouvelle économie au service des hommes, et respectueuse du vivant.

 

C'est là le cœur de la mission du gouvernement - et c'est ce que je veux retenir en premier lieu de votre déclaration de politique générale.

 

Lorsque votre gouvernement engagera le redressement de notre système éducatif, en lui consacrant le respect et les moyens indispensables qui lui ont été refusés au cours de ces dernières années, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront  à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés. En affirmant avec vous que si l’argent public est utilisé pour de l’emploi public utile qui prépare l'avenir, alors, il est bien utilisé. 

 

Lorsque votre gouvernement entamera la transition de notre modèle énergétique, qui suppose avant tout un effort sans précédent de sobriété dans les consommations, et donc un plan d'isolation thermique des bâtiments générateur d'une meilleure qualité de vie et de gains de pouvoir d'achat grâce à la baisse des factures des ménages, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront  à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés. 

 

Lorsque vous libèrerez les entreprises du secteur des énergies renouvelables du carcan réglementaire, administratif et législatif qui freine leur développement, lorsque vous leur assurerez un régime fiscal enfin stable, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous entamerez une transition technologique majeure de notre politique énergétique, dans la perspective d'une baisse programmée et résolue de la production d'électricité d'origine nucléaire et de notre dépendance aux énergies fossiles, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés. Parce que pour nous cette politique nouvelle est compatible avec l'un de nos combats historiques : celui de la sortie du nucléaire. Celle ci ne pourra se faire que par étapes, et au terme d'un grand débat public et démocratique. Avec votre gouvernement, nous partagerons donc cette première étape. Pour le reste, fidèles à nos convictions, nous continuerons à mener le débat, ici à l'Assemblée, et dans la société pour faire avancer nos propositions et engager ce débat énergétique que nous appelons de nos vœux.

 

Lorsque vous ferez du logement une priorité nationale, en faisant tout pour rendre effectif ce qui n'est aujourd'hui qu'un principe - le droit au logement pour chacun-, en encadrant les loyers pour les rendre abordables, en libérant du foncier public pour que les acteurs locaux engagent des programmes de construction de logements sociaux et accessibles au plus grand nombre, en agissant pour faire respecter le devoir de toutes les communes d'accueillir des logements sociaux, lorsque vous permettrez à des formes d'habitat collectif, écologique et participatif de trouver leur place et un statut juridique adapté, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous agirez pour que soit garantie l'égalité des territoires, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront là. Parce qu'il y a là un enjeu majeur du point de vue de notre République, et que les derniers scrutins ont illustré combien le sentiment d'abandon territorial  nourrit les tentations extrémistes. Mais également parce qu'il y a là, pour nous écologistes, un moyen concret de mettre en œuvre des solutions utiles aux gens. Quand vous lutterez contre l'étalement urbain, quand vous soutiendrez l'économie sociale et solidaire, facteur de lien humain là où le tissu social est fragilisé par les crises et l'éloignement des services, quand vous irez au bout de la réforme de l'urbanisme commercial, que vous rétablirez des règles qui protégeront le commerce de proximité et les  circuits courts, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous mettrez en œuvre la grande réforme fiscale annoncée par le président de la République, qui permettra une contribution des revenus du capital à un niveau au moins égal à ceux du travail, qui rompra avec le dumping fiscal imposé par les paradis fiscaux, qui reviendra sur les avantages accordés sans contreparties par la majorité précédente aux plus favorisés, vous vous heurterez, nous le savons, à de puissantes forces conservatrices : monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous sanctionnerez un système bancaire sans éthique ni sens des responsabilités, lorsque vous le remettrez en ordre en séparant les activités de dépôt des activités spéculatives, que vous mettrez en place une banque publique d'investissements, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous vous attaquerez aux niches fiscales antiécologiques, qui non seulement privent d'Etat de recettes indispensables, mais encore enferment notre industrie comme les ménages dans une dépendance envers les énergies les plus polluantes et découragent l'innovation, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque l'Etat renoncera à financer des projets fortement contestés par les citoyens et néfastes pour l'environnement, pour concentrer ses moyens sur l'essentiel : les services publics du quotidien, les emplois et services de proximité, le soutien aux filières économiques du futur, et ces "petits travaux" qui changent concrètement la vie, qui font qu'un euro investi dans le logement génère 7 fois plus d'emplois qu'un euro investi dans de grandes infrastructures,  oui, quand vous orienterez ainsi l'investissement public, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous agirez pour qu'en Europe se mettent enfin en place les moyens pour développer des activités économiques durables qui répondent aux défis environnementaux, qui luttent contre le changement climatique et qui préservent la biodiversité, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous concentrerez la politique française de développement sur des actions concrètes, des objectifs clairs et évalués, réellement utiles à l’autonomie des populations des pays en voie de développement, lorsque vous mettrez fin à la Françafrique et à ses dérives népotiques, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Lorsque vous lancerez la conférence environnementale annoncée par le Président de la République, permettant à la France de rattraper son retard et de devenir un acteur déterminant dans la lutte contre le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, la perte de biodiversité, mais aussi la famine et la pauvreté induits pour les habitants les plus vulnérables de notre Terre, monsieur le premier ministre, les députés écologistes seront à vos côtés, actifs, constructifs, déterminés.

 

Nous serons des partenaires fiables, positifs, loyaux, mais nous serons également des partenaires exigeants, parce que les Français sont exigeants, et parce que la situation économique et sociale l'impose.

 

C'est, je crois, le sens du vote du 6 mai, confirmé au mois de juin. Les Français aspirent à une démocratie apaisée, une démocratie constructive, une démocratie complète.

 

Apaiser la démocratie,  cela passe par une vraie démocratie sociale, qui suppose un dialogue et une coopération permanents entre partenaires sociaux et pouvoirs publics. Vous réunirez dans quelques jours une conférence sociale déterminante. C'est un premier pas que nous voulons saluer. Nous sommes prêts à aller plus loin avec vous, en inscrivant dans la constitution cette logique de concertation sociale sans laquelle il n'est pas de réformes acceptables et légitimes.Rendre la démocratie constructive, c'est respecter la démocratie parlementaire, ce qui impose que les droits du parlement soient reconnus et renforcés parce que c'est de la confrontation pacifique des propositions que naissent les compromis dynamiques qui permettent à la société d'avancer sereinement.

 

Je le dis à nos collègues de la majorité, mais aussi à celles et ceux de l'opposition : ne reproduisons pas ce dialogue de sourds de la précédente législature, résistons aux tentations de l'hégémonie et du mépris auxquelles l'ancienne majorité avait trop souvent cédé sous la pression de ses gouvernements. 

 

Faire en sorte que la démocratie soit complète, c'est enfin rendre nos assemblées plus représentatives de la réalité de l'opinion, par l'introduction de la proportionnelle, par la fin réelle et rapide du cumul des mandats, par une action déterminée pour faire respecter la parité et la représentation de la diversité sociale et culturelle dans les institutions. C'est favoriser la participation de chacune et chacun aux décisions qui concernent chacune et chacun : c'est le droit de vote des étrangers aux élections locales, c'est le recours facilité aux référendums d'initiative citoyenne, c'est une nouvelle étape de la décentralisation qui simplifie l'organisation administrative française, la rende à la fois plus lisible, plus accessible et plus efficace. 

 

Pour mener tous  ces changements qui feront le changement, il faudra du courage.  Ce courage, nous l'aurons avec vous. Il nous faudra de la constance, et une action conçue sur la durée, sans à-coups ni revirements. Le cap, nous le tiendrons avec vous.

 

 Mais il faudra également de l'audace.

 

 L'audace d'une nouvelle pratique démocratique qui accepte que les différences de points de vue au sein de la majorité soient une richesse et une chance. L'indépendance d'esprit, la liberté de conscience et de vote des écologistes ne sont pas pour nous une revendication : elles sont avant tout une condition de la réussite de la majorité tout entière.

 

Audace dans les pratiques, mais aussi dans les solutions et dans l'évaluation des politiques publiques. C'est le rôle du parlement, et les député-e-s écologistes sont déterminés à exercer pleinement ce rôle de contrôle de l'activité gouvernementale, en toute indépendance. Encore une fois, parce que c'est là une condition de réussite de la majorité.

 

L'audace enfin d'aller à contre-courant d'idées toutes faites, de préjugés et de fausses évidences, exploitées par des démagogues sans vergogne : ces préjugés qui tentent d'établir un lien détestable entre immigration et insécurité, qui rejettent celles et ceux dont le mode de vie n'entre pas dans une norme préétablie, qui dévoient la belle et grande idée de la laïcité pour en faire un principe d'exclusion, alors qu'elle est le signe ultime et la condition de la liberté de conscience.

 

"Neptune sourit aux audacieux", dit la devise d'une ville portuaire qui nous est chère, à vous, comme à moi, Monsieur le premier ministre.0

 

Que cette devise, que cette audace accompagnent l'action de votre gouvernement et inspirent le travail de notre majorité. C'est notre volonté, notre engagement : en accordant, tout à l'heure, leur confiance à votre gouvernement, c'est cette audace que les députés écologistes, pour la première fois constitué-e-s en groupe autonome à l'Assemblée nationale entendent exprimer. 

 

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Etienne (mercredi, 04 juillet 2012 11:24)

    Beau discours, mais comment avez-vous prononcé le "constitué-e-s" de la dernière ligne ? ;-)
    Au passage, je vois avec plaisir que cet orthographe "é-e-s", ridicule et jargonneuse disparait progressivement de vos écrits. Tant mieux : pas besoin de massacrer la forme pour faire passer du fond !
    Bon vent, monsieur le député !

  • #2

    Etienne (mercredi, 04 juillet 2012 11:25)

    Vaudrait quand meme mieux que je me relise quand je fais des commentaires sur l'orthographe ! Toutes mes excuses !