Barbara Pompili : " au-delà des mesures techniques, il y a le projet européen, qui doit redevenir réellement démocratique."

S'exprimant  au  nom  du  groupe  écologiste  au  cours  du  débat  européen,  Barbara  Pompili,  co présidente  du  groupe  ECOLO  a   reconnu  les   avancées   arrachées   par   la   France   dans   les   négociations  . 

"Que  la  stratégie  européenne  française  sorte  d'une  logique  d'à-coups  imposés  par  les  épisodes  successifs  de  la  crise  pour  enfin  se  définir  un cap,  cela  mérite  à  soi-seul  d'être  salué"  a  estimé  la  députée.

Une  intervention  volontariste,  clairement  favorable   à  la  poursuite  et à  l'approfondissement  de  l'engagement  européen  de  la  France,  qui  vient  démentir  les  commentaires  désobligeants  et  faciles  qui  ont  tenté  ces  derniers  jours  d'accréditer  l'idée  d'un  "tournant  anti-européen"  chez  les  écologistes.

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mes chers collègues,

 

Enfin ! Enfin, dans cette  enceinte, nous sommes appelés à débattre de la politique européenne de notre pays. Le précédent quinquennat ne nous y avait pas habitués. Les décisions européennes faisaient l'objet d'une simple information a posteriori de la représentation nationale des arrangements conclus entre chefs d'Etats.

 

Que la stratégie européenne française sorte d'une logique d'à-coups imposés par les épisodes successifs de la crise pour enfin se définir un cap, cela mérite à soi-seul d'être salué.

 

Et s’il est un intérêt à ce débat – au-delà de celui de voir précisés les objectifs et les moyens que le gouvernement fixe à sa politique européenne-, c’est aussi, c’est surtout, de permettre à chaque groupe politique qui constitue cette Assemblée de dire à l’aune de quelles valeurs, sur la base de quelles perspectives il entend inscrire son action en matière de construction européenne. C’est en tout cas ce que je souhaite vous faire partager aujourd’hui au nom de l’ensemble des écologistes.

 

Sans doute est-ce nécessaire, tant la couverture médiatique de nos débats a donné lieu à des interprétations hasardeuses, pour ne pas dire franchement hostiles.

 

Nous avons assez dit, depuis que la crise financière a commencé à produire ses terribles conséquences, à quel point nous regrettions, en tant qu’écologistes, et en tant qu’européens convaincus, l’inertie des gouvernements européens. Nous avons assez dénoncé  l’absence d’audace de la commission et la rigidité de la BCE pour ne pas reconnaître l’évolution salutaire enregistrée au cours des dernières semaines.

 

Certes, il n’y a pas eu réécriture du TSCG : nous le regrettons et François de Rugy vous dira plus tard pourquoi nous continuons à juger ce traité inutile, dangereux et pour tout dire obsolète avant même qu’il ait été ratifié.

 

Mais au-delà de ce texte, reconnaissons que la négociation engagée en juin a permis de lui adjoindre un ensemble de dispositions notablement différentes dans leur esprit de celles qui prévalaient jusque-là.

 

J’ai eu ici même, au lendemain du conseil européen des 28 et 29 juin, l’occasion de dire la satisfaction des écologistes de voir enfin infléchie la logique exclusive d’austérité : le plan d’investissement européen, annoncé lors de la campagne présidentielle et qui a trouvé une première concrétisation constitue une bonne nouvelle.

 

Il demeure à nos yeux très loin – quantitativement et qualitativement – de ce qui serait nécessaire pour engager cette transition écologique de l’économie. C’est pourtant la seule perspective de développement, pour ne pas dire de croissance, crédible et durable. Mais c’est un premier pas. Et pour des Européens convaincus comme nous le sommes, seule compte une question : les pas, si petits soient-ils, sont-ils une opportunité pour avancer dans la bonne direction ? C’est cette question, pragmatique, qui guide nos positions, et qui justifie ou non notre soutien.

 

Nous avons noté également avec un grand intérêt  les engagements relatifs à la supervision bancaire et à la mise en place d’une taxe sur les transactions financières. Ces deux questions ont occupé nos eurodéputés qui en sont devenus des spécialistes. Elles ont été portées dans les parlements nationaux par les écologistes, sans exception. Ici même, au cours du dernier mandat, nous avons déposé des amendements nombreux pour avancer sur ces questions. Les voir aujourd’hui sur le point d’aboutir constitue un motif de satisfaction. Encore faudra-t-il les traduire en actes concrets : à ce rendez-vous là, n’en doutez pas, les écologistes seront présents.

 

De même, on ne peut que saluer la décision récente de la BCE de racheter, sans limite préfixée, des obligations d’Etat en abandonnant son statut de créancier privilégié, qui annihilait en partie l’effet de cette opération lors des plans précédents. C’est une rupture utile avec la doctrine inflexible qui prévalait auparavant, et une juste prise en compte du principe de réalité.

 

A elles seules, ces avancées sont utiles, mais demeurent à nos yeux insuffisantes.

 

Car il demeure de nombreux points sur lesquels l’Europe doit bouger, fût-ce à petits pas, faute de quoi elle risque de se perdre et de perdre le soutien des opinions publiques.

 

Nous constatons l’inflexibilité des institutions européennes sur la question cruciale de la mutualisation pourtant indispensable des dettes publiques. Tout utile qu’elle puisse être, l’intervention de la BCE ne saurait se substituer à la responsabilité des Etats de l’Union européenne : or, le chacun pour soi demeure encore la règle – une règle d’autant plus insupportable qu’elle va se doubler désormais d’une autre règle, qui ne sera pas d’or, mais d’airain si elle n’a pas pour corolaire une véritable solidarité entre tous les pays de la zone euro. Sur cette mutualisation, au moins partielle, inéluctable, des dettes souveraines, la seule incertitude est dans le : quand ? Plus ce moment viendra rapidement, mieux nous serons en mesure d’affronter la crise.

 

Mais la seule solidarité budgétaire ne suffira pas : c’est pourquoi nous soutenons la proposition de créer rapidement un fonds européen d’assurance chômage afin d’intervenir en urgence dans des pays où, comme en Grèce, les citoyens sont confrontés à la disparition de tout modèle social. Cette proposition, qui vise à compléter un dispositif aujourd’hui partiel, a été relancée il y a quelques heures par Jose Manuel Barroso. Nous attendons de la France qu’elle dise « chiche », et soutienne la commission face aux réticences britanniques ou néerlandaises.

 

Je le notais il y a quelques instants : le dimensionnement budgétaire du pacte de croissance demeure très faible. Il est  du reste encore incertain. Sur ce point encore, il nous faudra avancer, si possible à grand pas, vu le déficit de croissance de notre continent : l’Europe a dès aujourd’hui un besoin urgent d’investissements qui préparent l’avenir. Parce qu’eux seuls peuvent réenclencher une dynamique vertueuse de créations d’emplois durables. Certes, la France a des capacités d’investissement, en supprimant notamment les milliards d’euros de niches fiscales anti-écologiques ou en réorientant les fonds publics vers des investissements utiles aux citoyens qui permettront de faire face aux crises énergétique et climatique.

 

Mais c’est réellement à l’échelle européenne que peuvent se structurer de grands projets d’investissement dans les renouvelables, le bâtiment ou les transports. Communauté européenne de l’énergie, plan transports… Des propositions ou des pistes d’action sont déjà sur la table. Explorez les, entrainez-y nos partenaires, et vous trouverez dans les écologistes des partenaires actifs et déterminés.

 

Au chapitre de ces chantiers qu’il convient d’ouvrir, il y a également la nécessité de dégager de nouvelles recettes au budget européen. La taxe sur les transactions financières est un premier pas significatif qu’il conviendra d’élargir. De même, nous soutiendrons toute initiative française visant à la mise en place d’une contribution climat énergie européenne.

 

Mais au-delà de ces mesures techniques, essentielles, il y a plus : il y a le projet européen, qui doit redevenir un projet réellement démocratique.

Monsieur le premier ministre, l’Allemagne a récemment émis l’idée d’une nouvelle réflexion sur le fonctionnement de nos institutions européennes. Nul n’ignore le caractère en partie artificiel de cette suggestion, qui peut parfois cacher une volonté réitérée de placer les pays européens sous le joug de règles automatiques. Mais nul ne peut non plus laisser la proposition sans suite, car il y a, chez nos principaux partenaires, une vraie culture de l’Europe.

 

Davantage d’intégration fédérale européenne, davantage de solidarité et de démocratie portées par les institutions européennes : c’est une réponse à la crise identitaire de l’Union autrement plus crédible et autrement plus efficace que le repli nationaliste ou le statu quo.

 

Au-delà du TSCG qui nous divise aujourd’hui mais qui sera, dès demain, oublié, il y a l’essentiel. Et l’essentiel, c’est l’adhésion des Européennes et des Européens au projet de l’Union. Les Européens ont le sentiment que l’Europe se fait sans eux ou contre eux. En tout cas, dans leur dos.

Nous portons ensemble, je le sais, l’ambition de construire une Europe parlementaire, avec une souveraineté partagée entre les parlements nationaux et le parlement européen. Dans l’immédiat, nous comptons sur le gouvernement pour qu’en amont de chaque Conseil européen, les assemblées soient réellement informées des positions qu’il va y défendre : ce serait là une grande avancée démocratique au regard des discussions sans intérêt organisées au cours des dernières années dans cette enceinte.

 

Tout cela, nous savons que nous n’y parviendrons pas en un jour. Que cela nécessitera des compromis, de la patience. Mais au moins ce débat nous aura-t-il permis de mesurer le chemin parcouru depuis le mois de mai, et de tracer des perspectives pour l’avenir.

 

Sur ces questions européennes, nous savons que nous ne procéderons qu’à pas comptés. Comment pourrait-il en être autrement à 27 ? Mais sur chacun de ces pas négociés par le gouvernement, les écologistes se poseront une question, et une seule : cela permet-il d’aller dans la bonne direction, et de se rapprocher de nos ambitions pour l’Europe ?

 

C’est en fonction de notre réponse à cette question intangible, qui ne laisse la place ni aux calculs ni aux positionnements politiciens, que nous nous prononcerons.

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Ecologie Libérale (mercredi, 03 octobre 2012 10:35)

    bravo pour l'engagement pro Européen d'EUROPE Ecologie les Verts !