lun.

27

oct.

2014

"Construire l'armée de nos besoins"

Le journal Les Échos de ce jour publie une tribune co-signée par François de Rugy et le général (2S) Bernard Norlain, ancien directeur de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN). Pour les deux signataires de ce texte, un constat s'impose : " La France affiche toujours une grande ambition diplomatique, notamment en lançant ou en préconisant des interventions militaires dans différentes régions du monde. Mais son armée, mobilisée sur de nombreux théâtres, n'est aujourd'hui plus calibrée pour un tel engagement." Considérant qu'il est possible de mieux répondre aux besoins de financement des opérations extérieures et en équipement des forces armées, le président du groupe écologiste et le général proposent des pistes d'économies, en remettant à plat les crédits affectés à la dissuasion nucléaire, qui pèsent de plus en plus lourdement sur le budget de la défense, faute de décisions politiques. 

 

" La France affiche toujours une grande ambition diplomatique, notamment en lançant ou en préconisant des interventions militaires dans différentes régions du monde. Mais son armée, mobilisée sur de nombreux théâtres, n'est aujourd'hui plus calibrée pour un tel engagement. En Centrafrique, le déploiement d'un corps expéditionnaire sous-dimensionné n'a pas permis d'endiguer la partition du pays. En Irak, la maigre contribution de notre pays a relégué nos forces au rang de spectatrices des premiers échecs de la coalition internationale.

 

Certes, Jean-Yves Le Drian a confirmé la sanctuarisation du budget de la Défense à hauteur de 31,4 milliards d'euros, une enveloppe importante en période de disette budgétaire. Mais cet argent est mal réparti, si bien que les soldats français ne disposent plus des capacités humaines et matérielles nécessaires à la conduite de leurs missions. Cette situation préoccupante peut en partie s'expliquer par la place croissante qu'occupe la dissuasion nucléaire dans nos dépenses.

 

Il suffit de regarder les chiffres. Cette année encore, l'arsenal nucléaire coûtera plus de 3,5 milliards d'euros aux contribuables. Cela représente 12 % de l'ensemble du budget de la Défense, mais un tiers des crédits d'équipements, en augmentation de 11 points par rapport à l'année dernière. Avec la rénovation de notre composante océanique, dont les travaux préparatoires seront lancés en 2016, cette tendance va s'aggraver mécaniquement. Dans ces conditions, les crédits ne seront plus suffisants pour entretenir et moderniser nos forces conventionnelles.

 

Pour éviter cela, plusieurs mesures d'urgence peuvent être envisagées.

 

Ne pas remplacer l'un des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) nous épargnerait deux grands carénages prévus en 2015 et 2023, et permettrait d'économiser 400 millions d'euros. Cette mesure dispenserait également la France d'acheter un jeu de 16 missiles M-51, pour un coût de 2 milliards d'euros et de mettre en chantier un nouveau SNLE, dont la valeur peut être évaluée à 2,5 milliards d'euros.

 

Supprimer les deux escadrons de la composante aérienne et la force aéronavale nucléaire du porte-avions Charles-de-Gaulle permettrait de faire l'économie de dix Rafales - soit 1,4 milliard d'euros - en affectant les appareils qui doivent prochainement être livrés à des unités conventionnelles.

 

Réduire la voilure de notre programme de simulation - dont le coût global est passé de 2,8 milliards en 1999 à 6,6 milliards en 2009 - et abaisser le stock minimal de nos têtes nucléaires, sur le modèle du Royaume-Uni, libérerait immédiatement plusieurs centaines de millions d'euros.

 

Sans remettre en cause l'existence de la dissuasion nucléaire, l'ensemble de ces adaptations pourraient faire économiser environ 1 milliard d'euros par an jusqu'à la fin de la loi de programmation militaire (2019). Ces sommes seraient réaffectées aux équipements et moyens de fonctionnement des forces conventionnelles.

La France pourrait ainsi tripler sa dotation annuelle aux opérations extérieures pour garantir un meilleur dimensionnement des contingents déployés en Afrique et au Moyen-Orient. Ou bien remplacer, en l'espace de quatre ans, l'ensemble de notre parc de véhicules de l'avant blindés (VAB) - utilisés sur tous les théâtres et vieux de quarante ans ! - par des véhicules blindés multi-rôles (VBMR), plus sûrs et plus précis.

 

Cette année encore, les effectifs de la Défense seront amputés de 7.500 emplois, soit deux fois plus que l'ensemble des postes supprimés dans tout le reste de la fonction publique. Mais, parce que notre niveau d'engagement militaire actuel est maximal, ce dégraissage budgétaire ne doit en aucun cas conduire à la fragilisation de nos forces d'intervention. Cela suppose que nous acceptions de rompre avec « l'armée de nos habitudes » pour construire, comme le préconisait un général bien connu des sphères de décision, « l'armée de nos besoins ».


En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0203883892619-construire-larmee-de-nos-besoins-1057696.php?gm35KkUI5Pp637Rd.99

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Commentaires : 2
  • #1

    Ulrich (samedi, 14 mars 2015 18:17)

    A l'heure ou l'islamo fascisme comme le dit votre futur premier ministre fait rage ce n'est pas le moment de baisser la garde que ce serait t'il passe en 1793 si l'arme n'avait pas etait la pour lutter contre l obscurantisme vendeen ?

  • #2

    Vincent (lundi, 26 décembre 2016 16:06)

    Monsieur DE RUGY,
    Pourquoi ne dites vous pas que vous voulez simplement supprimer notre composante nucleaire totalement comme vous l'avez proposé en décembre 2014 ?(https://jjcandelier.wordpress.com/2014/12/19/pour-linterdiction-internationale-des-armes-nucleaires/)

    Assumez un minimum vos position !