mer.

22

févr.

2017

Pourquoi je soutiens Emmanuel Macron

Depuis, la fin de la campagne pour la primaire, je me suis tenu, comme je l’avais annoncé, au silence médiatique et à l’entretien de contacts avec Benoit Hamon et Emmanuel Macron. Parce que je crois profondément qu'il est indispensable de mener une recomposition profonde de la vie politique face au danger populiste, et que je suis plus proche de son projet, je soutiens aujourd'hui Emmanuel Macron.

J’ai eu des contacts avec certains des proches de Benoît Hamon. Je note que la stratégie adoptée par Benoit Hamon vise à constituer un programme commun de gouvernement (sic) avec Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, de manière à mon sens totalement artificielle au vu de l’histoire récente et des béances idéologiques sur des questions centrales, au premier rang desquelles la question européenne. A aucun moment, cette stratégie, qui constitue un renversement d’alliance, n’a été discutée au sein du comité d’organisation des primaires ni au sein de la "BAP" qui ne s'est plus réunie depuis la fin novembre. Une réunion devait avoir lieu au lendemain du deuxième tour de la primaire : elle n’a jamais été convoqué.

 

Du côté Macron, j’ai pu échanger avec le coordinateur de son projet, son équipe de campagne et avec Emmanuel Macron lui-même. Ces contacts confirment une volonté de mener une tentative de recomposition profonde de la vie politique qui tienne compte de la présence durable du FN sur l'échiquier politique et qui tire les conséquences de la nécessité d’un arc républicain cohérent pour le contrer autour des valeurs de l'ouverture, de la liberté individuelle, de la prise en compte des enjeux écologiques et de réponses nouvelles aux nouveaux défis de la solidarité et de son financement dans une économie ouverte.

 

J’ai d’autre part tiré quelques leçons de la séquence politique récente et des primaires. D’abord, pour en tirer une satisfaction : l'écologie a infusé toutes les familles du progrès, à la différence de la droite qui présente en la matière un projet dangereusement régressif. De fait, tant Jean-Luc Mélenchon que Benoit Hamon et Emmanuel Macron ont intégré l'écologie à leur projet. D’une certaine manière, l'écologie politique a gagné la bataille de l'agenda politique, pendant qu’elle perdait celle de l'organisation d'une force politique autonome et unitaire.

 

Enfermer l’écologie dans un parti sans cohérence politique et dans lequel le gauchisme tient lieu de substrat idéologique est une impasse : c’est le constat qui a amené beaucoup d’entre-nous à quitter EELV.

 

Condamner l'écologie à vivoter dans de petits partis c'est condamner les écologistes à se tenir à la marge du débat et de l’action : c’est le constat que je fais après la primaire. Faire survivre une petite entreprise politique permet peut-être de survivre soi-même, mais cela ne permet pas d'être au cœur de la décision. C’est en tout cas ma conviction.

 

Dès lors que l'écologie est intégrée dans les projets présidentiels, c'est sur les autres politiques publiques et les autres grands enjeux que chacun d’entre-nous est appelé à se prononcer. Je comprends les écolos planificateurs qui se tournent vers Jean-Luc Mélenchon. Je comprends les écolos venus de la gauche traditionnelle qui se tournent vers Benoit Hamon.

 

Pour ma part, j'entends être fidèle à l'esprit de mon projet : j’avais formulé 66 propositions, dont 15 portaient de près ou de loin sur l'écologie, et 51 sur les autres thématiques. Avec 4 axes principaux : la responsabilité budgétaire, le réalisme économique, l'engagement européen et le renouveau démocratique.

 

Sur ces quatre points, je ne peux que constater des convergences fortes avec Emmanuel Macron, et des divergences fortes avec Benoit Hamon.

 

Le revenu universel, même dans sa première étape, de l'aveu même de Benoît Hamon, c’est 45 milliards par an, 225 milliards sur un quinquennat ! Sauf à augmenter de manière drastique la pression fiscale, cela me parait purement infaisable. Les explications apportées par Benoit Hamon ne me rassurent pas, bien au contraire.

 

De même, je ne peux adhérer à la défiance permanente envers les entreprises qui caractérise le projet de Benoit Hamon. Je n’ai pas plaidé tout au long du quinquennat pour une démocratie sociale renforcée au sein de l’entreprise pour céder, dans l’espoir de la reconstitution d’un front de la gauche artificiel, à la tentation du renforcement de l’administration de l’économie.

 

Sur l’Europe, je suis d’autant plus à l’aise que je suis de ceux qui n’ont pas voté le traité budgétaire. Mais je prends compte de l’engagement de la France et estime qu’il est logique de tenir notre engagement – sinon il n’y a plus de construction européenne possible. Si les engagements de chaque pays européen étaient à la merci des alternances politiques dans chacun des membres de l’Union, l’Europe deviendrait une vraie pétaudière.

 

Sur le renouveau démocratique, enfin. C’est à mon sens le sujet primordial : parce qu'il est probable qu'au second tour de la présidentielle, ce sera LA question. Le sujet n'est donc pas seulement de constituer une majorité de circonstance pour barrer la route à Marine Le Pen (en attendant la prochaine élection qui la verrait encore progresser pour finalement l'emporter) mais bien de contribuer à une recomposition politique durable.

 

Pour cela, j'ai acquis la conviction qu'il est nécessaire que la construction politique du premier tour préfigure le rassemblement du second tour et que le projet ne soit pas construit de manière manichéenne.

 

Le vote populiste se nourrit des frustrations nées de l'incapacité des majorités successives à mettre en œuvre les programmes sur lesquelles elles ont été élues. Parce que ces majorités entretiennent artificiellement des clivages dépassés.

 

Parce que les programmes qu'elles portent ne tiennent pas compte de la complexité du monde et sont trop souvent inspirés par des idéologies d'un autre âge ou manquent de pragmatisme. De ce point de vue, les projets et de François Fillon et de Benoit Hamon ne me semblent pas faire exception.

 

De mes racines politiques, personnelles et familiales, à mon parcours politique, en tant que militant et en tant qu'élu, tout me rattache à la gauche. Mais face au défi que lancent les populismes à notre démocratie, nous ne puiserons pas les réponses en étant hémiplégiques. Quand les clivages essentiels deviennent ceux de l'ouverture ou de la fermeture, de l'adaptation de et à la mondialisation ou de son déni, de la construction européenne ou du repli, de la lutte contre le changement climatique et pour la préservation de la biodiversité ou de la poursuite de la recherche vaine d'une croissance aveugle, le clivage gauche / droite n'est plus totalement opérant. Emmanuel Macron porte cette ambition de le dépasser pour agir, sans demander à ceux qui veulent y contribuer de renier ce qu'ils sont, d'où ils viennent.

 

Je suis écologiste, c'est mon engagement constant depuis que je milite, sur le plan associatif puis politique. Je suis d'une gauche réaliste et réformatrice, c'est mon positionnement depuis que je me suis engagé, toujours réaffirmé, chaque fois que je me suis présenté à une élection.

 

Je soutiens désormais Emmanuel Macron parce qu'il me semble capable non seulement de l'emporter face à Marine Le Pen, mais également -mais surtout- de mettre en œuvre un changement profond et des pratiques et des orientations politiques susceptibles de lutter durablement contre le populisme.

 

Je n'ai rien négocié pour ce soutien, sinon de participer pleinement à la campagne, à la réflexion sur le projet et la garantie de conserver une parole libre. Je connaissais Emmanuel Macron comme ministre, et avais toujours apprécié sa capacité à accepter les désaccords et à toujours dialoguer dans le respect. Sa qualité d'écoute, sa connaissance des dossiers, sa détermination mais aussi son humilité me semblent des qualités utiles à un futur président. Je respecte celles et ceux qui émettent un choix différent et je forme le vœu que le 24 avril nous nous retrouverons derrière le même candidat, pour former ensuite une majorité parlementaire de progrès. Mais ce n’est pas le sujet du moment. Pour ma part, je me mets en marche pour gagner l'élection présidentielle.