À circonstances exceptionnelles, budget exceptionnel

Le vote du budget 2021, et demain sa mise en œuvre imposent un sens des responsabilités tout particulier : La France traverse depuis mars une crise sanitaire mondiale et majeure. Ses effets secondaires, tout aussi graves, sont une dépression économique quasi généralisée et susceptible de muter rapidement en crise sociale brutale.

Le contexte a de quoi donner le vertige : un décrochage du produit intérieur brut estimé à 10 %, soit la pire récession que le pays ait eue à connaître depuis la seconde guerre mondiale ; un déficit public de 10 % ; une dette publique qui doit atteindre 117 points de PIB.

Alors que l’autodénigrement tient trop souvent de sport national, on mesure probablement trop peu l’extraordinaire réactivité de l’Etat depuis le printemps, qui a permis d’amortir le choc. Des millions de salariés ont vu leur emploi et leur pouvoir d’achat préservés grâce à l’activité partielle. Des centaines de milliers d’entreprises parmi les plus petites ont pu bénéficier de prêts garantis par l’État. Plus de 1,5 million d’indépendants ont bénéficié du fonds de solidarité. Le patrimoine entrepreneurial a ainsi été préservé et les mesures annoncées dans le cadre du deuxième confinement amplifient encore cet effort d’adaptation rapide à l’évolution de la situation sanitaire.

L’urgence impose de secourir l’économie, tout en protégeant les Français. Parce qu’il ne peut y avoir de protection des citoyens, au travers notamment d’un système de santé performant, sans recettes budgétaires pérennes et cotisations sociales – donc sans économie forte. Et parce qu’il ne peut pas y avoir d’activité économique dans un pays qui serait livré aux conséquences d’un virus meurtrier et hautement transmissible.

À circonstances exceptionnelles donc, budget historique.

Le budget de l’Etat 2021, après celui de la sécurité sociale qui a dégagé des moyens inégalés pour la protection des Français, est un budget de mobilisation générale visant à redresser durablement notre économie.

En engageant dès maintenant la relance, c’est l’investissement de nos entreprises qui est soutenu : un investissement qui crée des emplois, qui paye les salaires et prépare notre société aux grands défis du XXIe siècle – en particulier au changement climatique.

Si la crise de 2008 avait marqué l’abandon des ambitions du Grenelle de l’environnement, le budget 2021 permet au contraire un grand pas en avant vers une économie plus verte et plus durable, avec des crédits massifs ouverts pour la rénovation énergétique, pour la décarbonation des transports, pour le développement d’une agriculture plus vertueuse et d’une alimentation plus saine.

Dès mars, Gouvernement et Parlement se sont mobilisés pour apporter des réponses d’urgence à nos TPE-PME. 110 milliards d’euros ont été déployés entre mars et juillet pour sauver notre économie et protéger les plus fragiles : prêt garanti par l’État, fonds de solidarité, report de charges sociales et fiscales, chômage partiel. Le nouveau confinement, imposé par l’évolution de la situation épidémique, verra de nouveaux crédits être dégagés pour soutenir les entreprises dans l’épreuve.

Le budget 2021 inscrit le soutien de l’État aux entreprises dans un horizon plus long pour en assurer la pérennisation.

Dès le 1er janvier, ce budget baissera les impôts de production de 10 milliards d’euros pour 290 000 entreprises. Ces impôts de production, payés avant même que les entreprises aient réalisé le premier euro de chiffre d’affaires, pèsent sur les salaires, sur les investissements, donc sur les emplois de demain. Leur baisse vise à créer les conditions de la relocalisation industrielle que chacun appelle de ses vœux, mais qui ne pourra se faire que si l’environnement fiscal des entreprises le permet. Inscrire dans la durée la baisse des impôts de production, c’est favoriser la création d’emplois sur le territoire national, c’est préserver les PME, les ETI et les grandes entreprises frappées de plein fouet par la crise.

Au-delà du soutien à l’emploi, il s’agit d’accompagner chacun dans ce moment difficile. Les jeunes, premières victimes de la crise, bénéficieront, grâce à ce budget, de mesures dédiées visant à faciliter leur intégration sur le marché du travail. Le plan de relance permet ainsi de proposer 300 000 parcours d’insertion supplémentaires vers l’emploi. Le budget 2021 acte également le renforcement des dispositifs existants, comme les garanties jeunes, le pacte d’ambition sur l’activité économique ou les parcours contractualisés d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie. Il n’y aura pas de génération covid-19 sacrifiée.

Et parce qu’il ne faut pas sous-estimer la violence psychologique et sociale insupportable que la crise inflige aux plus fragiles, ce budget est également celui des plus modestes.

Au-delà des mesures de soutien au pouvoir d’achat déjà annoncées, 100 millions d’euros supplémentaires sont ainsi mobilisés pour renforcer les mesures d’hébergement d’urgence qui perment aux plus démunis de se loger décemment. Les associations de lutte contre la pauvreté bénéficieront également d’une aide de 100 millions d’euros sur deux ans.

Ce budget, enfin, est également un budget de proximité. Les services publics les plus essentiels pour nos concitoyens – l’éducation, la justice, la police – voient tous une augmentation sensible de leurs moyens. Une justice de proximité efficace suppose ces nouveaux moyens. Soutenir l’éducation, ciment de notre république, attaquée dans sa chair, impose ces choix.

L’année 2020 n’aura pas été comme les autres. Le budget 2021 n’est pas un budget comme les autres. Il traduit, dans la durée, une guerre menée contre le virus et ses conséquences.