Dans la guerre contre le virus, la bataille de l’hiver

Lors d’une de ses premières interventions télévisées, en mars, le Président de la République nous avait prévenus : nous sommes en guerre. Beaucoup lui avaient reproché cette analogie. Je la crois plus que jamais pertinente.

Nous sommes en guerre contre un virus qui arrache des vies, épuise notre système de santé, qui se répandrait inéluctablement si nous ne modifiions pas radicalement nos modes de vie et si nous ne réduisions pas drastiquement nos contacts interpersonnels. Le combat dans lequel nous sommes engagés, comme la guerre, impose des sacrifices lourds. Nécessite une solidarité sans faille. Envers ceux qui sont en première ligne – notamment les soignants. Mais aussi envers ceux dont les ressources, le travail, sont les plus impactés par l’effort de guerre demandé au pays.

Cette guerre est mondiale : nulle région de la planète n’est réellement épargnée, et nos voisins européens connaissent, comme nous, une nouvelle attaque du virus, facilitée semble-t-il par l’humidité et la baisse des températures liées à la saison. Il n’est pas un pays en Europe qui échappe à une forme ou une autre de reconfinement.

Toutes les guerres sont également des accélérateurs de technologies et d’innovations. Nous nous battons contre un virus que nos scientifiques apprennent à connaître et à déchiffrer. Avec une rapidité stupéfiante, inédite dans l’histoire, la science avance. Ce sont ses connaissances, ses innovations, ses capacités à mettre au point un vaccin ou des solutions thérapeutiques, qui nous permettront de l’emporter. A une condition : que d’ici là, nous agissions collectivement pour contenir la diffusion du virus, pour être en mesure de tester, tracer les contacts et isoler les malades – choses impossibles à faire aujourd’hui car les contaminations sont trop nombreuses. Dès lors que nous aurons réussi à faire retomber le nombre de contaminations quotidiennes à 4 à 5000 personnes infectées, c’est une autre innovation, numérique celle-là, qui nous sera utile.

Tout cela, soyons lucides, prendra de longs mois. Et c’est le rythme-même de nos vies qui se trouve durablement bouleversé : nos vies quotidiennes, nos vies professionnelles, nos vies familiales et affectives. C’est dur, mais c’est ainsi. Et il faut le dire clairement : les décisions annoncées par le Président de la République n’ont pas pour objet premier de « sauver Noël »; elles visent à sauver des vies.

Cette guerre pour la vie, et notamment la vie des plus fragiles et des plus âgés d’entre nous, nous impose de livrer des batailles.

Nous avons gagné la bataille du printemps, au prix d’un confinement difficile mais qui a porté ses fruits. Depuis mai, la vie a repris ses droits, presque normale. Probablement trop normale. Insuffisance du respect des gestes barrière, multiplication des contacts interpersonnels, une forme d’inconscience sans doute, ont permis au virus de circuler de nouveau massivement. C’est pourquoi il nous faut aujourd’hui engager la bataille de l’automne et de l’hiver. Au prix de sacrifices, d’efforts renouvelés. Mais c’est bataille après bataille que nous réussirons ensemble.

Et comme dans toute guerre, d’une bataille à l’autre, on apprend. On adapte les stratégies, en reproduisant ce qui a fonctionné, en corrigeant ce qui a failli : le confinement du mois de mars avait été probablement excessivement brutal pour certaines entreprises, notamment industrielles ou du bâtiment. La mise en place de protocoles sanitaires stricts et qui ont fait leurs preuves permettent de maintenir ces activités. La fermeture des écoles au printemps a généré des difficultés considérables pour les élèves : nos enfants ne jouent pas seulement leur présent, ils préparent leur avenir à l’école. Laisser les établissements ouverts, dans le respect de règles sanitaires qui devront évoluer et être précisées, permettra d’assurer la continuité pédagogique et sociale indispensable pour les élèves. De même, les établissements d’accueil des personnes âgées, qui ont appris à limiter les risques pour les résidents, vont pouvoir continuer à recevoir les familles et les proches. Enfin, les guichets des services publics resteront accessibles au public.

Nous voilà donc au début d’une nouvelle étape de la lutte contre ce fichu virus. Abordons-là comme nous avons engagé le combat : résolus, responsables, attentifs les uns aux autres et unis.