ÉDITO : Vivre avec le virus

Depuis plusieurs mois, les responsables politiques disent tous « Nous allons devoir vivre avec le virus ».

Mais qu’est-ce que cela signifie vraiment ?

Cela veut dire que le virus continue de circuler et que nous devons adapter nos vies à cette circulation, non seulement parce que par notre respect des gestes barrières nous pouvons éviter de contaminer des personnes pour lesquelles le virus est mortel, mais aussi parce qu’il y a des limites qui ne peuvent être franchies : nos capacités d’accueillir les malades et de les soigner correctement.

Quand on est revenus à une situation où les services de soin peuvent faire face et où la circulation ralentit, on peut accélérer un retour à la vie normale, on peut « rouvrir » : c’est comme cela qu’on a réussi le déconfinement.

Mais quand la circulation du virus repart à la hausse et accélère, malgré les gestes barrière et les règles sanitaires, au point qu’on voit s’approcher les limites des capacités hospitalières et que le taux de contamination des personnes les plus fragiles, notamment des personnes âgées, explose, alors, il faut s’imposer de nouvelles contraintes, restreindre ou refermer certaines activités. Pour faire ralentir la circulation du virus, soulager notre système de santé, protéger les plus fragiles.

Ouvrir au fur et à mesure que la ciculation du virus ralentit, fermer au fur et à mesure que la circulation du virus accélère.

Vivre avec le virus, c’est cela. Et ce sera cela pour des mois encore.

Jusqu’à ce qu’on soit arrivé à bout de la maladie, soit par des traitements efficaces, soit par un vaccin, nous allons devoir alterner, par nos choix privés comme dans nos règles collectives, des phases d’ouverture et des phases de fermeture.

Et pour permettre de laisser un maximum de choses ouvertes, on agit territoire par territoire, en fonction des situations épidémiques locales.

C’est, pour nous les Français, quelque chose de perturbant.

Cela donne le sentiment d’injonctions successives et contradictoires : on ouvre, puis on ferme, puis on rouvre… Mais il faut dire la vérité : ce sera comme cela pendant plusieurs mois encore, et aucun territoire au monde n’échappe à cette réalité et à cette incertitude.

On n’est pas habitués, en France, à des règles différentes selon les territoires : notre culture jacobine ne nous y conduit pas naturellement. C’est pourtant indispensable.

Car réfléchissons bien à l’alternative : si on n’adaptait pas notre réponse aux réalités de chaque territoire, on serait obligés de prendre, pour l’ensemble du pays, les mesures adaptées à la situation du territoire où le virus circule le plus rapidement. Cette solution, que nous avons connue quand nos connaissances sur le virus et quand nos capacités de lui faire face étaient beaucoup plus faibles qu’aujourd’hui : c’était au temps du confinement national.

Je suis désolé de l’écrire de manière aussi simple, mais le rôle des responsables politiques, dans un tel moment, c’est de se montrer …responsables.

Et être responsable, c’est quoi ?

C’est commencer par respecter ceux qui sont aux commandes, et se dire qu’aucun ministre, aucun gouvernement ne prend de gaité de coeur ou par volonté de « punir » tel ou tel territoire des décisions aussi lourdes de conséquences économiques et sociales que celle de fermer temporairement une activité économique ou un service au public.

Etre responsable, c’est ne pas s’improviser épidémiologiste de comptoir, c’est ne pas chercher à se substituer au ministre en charge qui dispose, lui, d’une vision d’ensemble de la crise sanitaire et d’expertises scientifiques.

Comme beaucoup de Français, ceux que l’on n’entend pas, ceux qui se lavent les mains, réduisent leurs déplacements et leurs contacts, portent le masque, se protègent et protègent les autres, le rôle des politiques est de commencer par respecter les décisions qui sont prises. En pensant, justement, à ces Français, hyper-majoritaires, qui n’étalent pas en permanence leur refus de toute autorité sur les réseaux sociaux.

Est- ce qu’ils se posent des questions ? Évidemment !

Est-ce qu’ils sont parfois décontenancés par ce va-et-vient de signes d’ouverture et de fermeture, auquel le virus nous soumet ? Bien entendu !

Mais ils se plient aux règles parce qu’ils sont responsables.

Et être responsable, quand on est élu, c’est assumer en premier lieu ses propres responsabilités.

Pour les parlementaires, c’est travailler sur les aides apportées aux secteurs économiques touchés de plein fouet par les restrictions d’activité ou les conséquences de l’épidémie. C’est renforcer les moyens de notre système de santé, par les choix budgétaires que le Parlement fera le mois prochain.

Que chacun commence par se concentrer sur son propre domaine de responsabilités ! Quand je vois certains élus locaux de Marseille écumer les plateaux de télévision, un jour pour dire qu’ils ne se vaccineront pas lorsque le vaccin sera disponible, un autre pour défendre un médicament plutôt qu’un autre, le lendemain pour contester les décisions de fermeture de bars, je ne peux m’empêcher de me demander : en quoi font-ils avancer des solutions ? Quel intérêt à ces bras de fer pour obtenir un dernier verre à 23 heures plutôt qu’à 22 ?

L’essentiel n’est-il pas dans l’accompagnement économique des professions impactées, dans le travail concret sur le respect des protocoles sanitaires ?

Un maire a la responsabilité de son espace public, des transports dans sa ville : comme faire encore mieux respecter distanciation et port du masque ? Un maire gère une collectivité qui est un employeur majeur du territoire : comment développer le télétravail, organiser les horaires de travail afin d’étaler la fréquentation dans les transports, et donc éviter les situations de promiscuité ? Un maire peut veiller, par ses agents sur le terrain, à l’application des mesures d’hygiène.

C’est là dessus qu’on aimerait entendre le retour d’expérience des élus locaux, pour identifier ce qui marche, ce qui bloque, avancer sur des solutions. Plus en tout cas que sur les polémiques sur le prétendu « mépris » d’un Etat qui, lui, assume ses responsabilités.

D’une certaine manière, cette crise agit comme un révélateur.

Elle révèle des tempéraments et des conceptions de l’action publique qui transcendent les frontières des partis.

Il y a ceux qui, même s’ils sont en désaccord politique par ailleurs, décident d’agir ensemble face aux difficultés et de construire des solutions.

Et il y a ceux qui polémiquent pour exploiter les difficultés, dans l’espoir d’en tirer un avantage politique ou électoral.

Face à l’épidémie, les premiers sont autrement plus utiles que les seconds.