mer

19

mai

2010

10 – 16 mai 2010

Le député au fil des jours

Des éoliennes qui font de la résistance, des habitants mobilisés pour “leurs” arbres, une rencontre “un peu surréaliste” avec le premier ministre, un week-end familial perturbé par Facebook…

C’est le menu du Carnet de la semaine de François de Rugy.

Rencontre sur le terrain

Lundi : du vent dans les arbres


Alors que l’assemblée votera cette semaine sur le texte du Grenelle 2, avec Charles Gautier, sénateur-maire socialiste de Saint-Herblain, j’ai pris l’initiative d’une conférence de presse commune aux parlementaires de gauche du département.

Parmi les mesures adoptées en commission et confirmées en séance avec l’aval de Jean-Louis Borloo, il y a un vrai recul : le multi-récidiviste pro-nucléaire Patrick Ollier (UMP) a réussi à transformer en amendements les conclusions d’un rapport particulièrement anti-éolien publié – ô hasard – quelques jours auparavant.

Les collectivités territoriales sont présentes et confirment les inquiétudes nées de la discussion législative : la plupart des projets envisagés sur notre territoire sont menacés par la nouvelle mouture du texte de loi.

Un obstacle supplémentaire dans un parcours du combattant déjà semé de nombreuses embûches pour tout élu local qui souhaite installer un parc éolien sur sa commune : Marcel Verger, le maire de Bouvron, une petite commune du Nord de la Loire-Atlantique, relate avec verve les multiples difficultés juridiques et réglementaires auxquelles il est confronté.

Il conclut son propos d’une jolie formule : “l’énergie des maires s’épuise, et est de plus en plus difficile à renouveler.”

***


Après une après-midi de travail à ma permanence, je rencontre à Nantes Nord des habitants qui s’opposent à un projet d’aménagement de leur quartier. Ils s’émeuvent notamment de la disparition d’espaces verts qui doivent laisser la place à un parking.

Sommes-nous condamnés à ce conflit entre aménageurs publics soucieux du développement d’un quartier et engagés dans une démarche cohérente de densification urbaine et d’installation de nouveaux services publics – en l’occurrence un pôle social du conseil général – et habitants souhaitant préserver leur cadre de vie immédiat ? Je ne le crois pas.
Le dialogue est toujours délicat entre institutions qui ont mené une longue concertation sur le projet – à laquelle les habitants ont été certes conviés, mais qui ne mobilise que rarement les foules – et riverains qui réagissent lors de l’arrivée des pelleteuses : ces derniers ont l’impression à tort ou à raison de n’avoir jamais été informés et souhaiteraient pouvoir influer sur la mise en œuvre des aménagements décidés à l’issue de la concertation.
Mes interlocuteurs sont quelque peu perdus. “Ici, on a l’impression de vivre dans un parc, pas dans un quartier HLM” finit par me glisser un des pétitionnaires après avoir fait le tour des espaces qui doivent être réaménagés. Je découvre moi aussi les conséquences du projet en termes d’environnement : si je connaissais l’existence de ce projet, je n’avais jamais été informé avec précision de son contenu. J’entends que certains envisagent toutes les formes de mobilisation qui leur permettraient de bloquer le chantier qui débute.
Je les écoute et tente de refreiner les ardeurs les plus excessives, tout en essayant d’imaginer les améliorations qui pourraient être encore apportées.

De retour à mon bureau, j’envoie un message au maire et à l’adjoint de quartier – qui se trouve être mon suppléant.

Je suggère une tentative de négociation. Je sais que ma démarche exaspérera sans doute : ce n’est pas la première fois que je relaie ainsi des préoccupations d’habitants sur des projets d’urbanisme et je m’en suis déjà expliqué.

Malgré ces critiques, j’assume : d’une part parce que je crois que la discussion -même tardive, et même si toutes les formes de concertation légales ou conventionnelles ont été menées – est toujours fructueuse.Je connais aussi le sentiment souvent désabusé des habitants qui aboutit à une abstention croissante aux élections – c’est particulièrement vrai dans les grands quartiers d’habitat social : le sentiment d’être oublié ou de ne pas être entendu vient se rajouter à une réalité sociale déjà assez “violente”. Ma conviction est que si on peut tenter de trouver un compromis pour éviter le passage en force, c’est toujours mieux. Tout le monde à y gagner.

Je crois ainsi qu’il est de mon rôle de député que d’alerter les autorités, quelles qu’elles soient, des tensions qui peuvent naître de l’application de leurs décisions. Pas pour en contester la légitimité – même si, en l’espèce, il me semble que le projet pourrait être mené à bien sans trop de difficultés en faisant l’économie de quelques abattages – mais pour faciliter la relation toujours complexe entre des populations qui se mobilisent ponctuellement sur des sujets qui les touchent directement, et des collectivités qui ont en charge l’intérêt général.

Pour atteindre le consensus le plus large possible, et aplanir les divergences, j’ai la faiblesse de penser que nul n’est de trop. Et, alors que l’on ne cesse de nous rebattre les oreilles sur l’éloignement entre les Français et leurs parlementaires, que des habitants pensent à solliciter leur député pour les aider à renouer le dialogue, voilà qui me paraît finalement très sain, et profondément républicain.

Dur, dur d’être ministres de l’environnement

Mardi : chef d’oeuvre en péril


Les réunions habituelles s’enchaînent à l’Assemblée : députés écologistes, groupe GDR, commission des Finances…

Mais l’événement de la journée, c’est le vote du texte de loi Grenelle 2.

Au moment du scrutin, j’observe les visages, dans les travées. Pas besoin de commentaires pour comprendre que c’est la fraction la plus réactionnaire de l’UMP qui a remporté la partie. Chantal Jouanno semble physiquement absente, autant qu’elle le fut sur le fond pendant les débats. Jean-Louis Borloo tente de faire bonne figure, mais il sait – et ses déclarations alambiquées sur les médias ces derniers jours en attestent – que “son” Grenelle, qu’il comparait à une “cathédrale” tient de plus en plus du chef d’œuvre en péril.

En lâchant sa “petite phrase” au détour d’une allée lors de sa visite éclair au salon de l’agriculture (“l’environnement, ça commence à bien faire”), le chef de l’Etat a ouvert les vannes des anti-Grenelle de sa majorité.

Je rédige pour le blog de Libération un papier sur le sujet qui me vaut plusieurs messages positifs d’amis et militants verts : je m’en réjouis d’autant plus que l’exigence des militants vis-à-vis de leurs élus, si elle est légitime, est particulièrement développée chez les écologistes ! Les élus écolos vous le confirmeront sans peine : ils sont exposés en interne plus souvent à des critiques qu’à des louanges. Mais, ces dernières semaines, et notamment à l’occasion des compte rendus de notre action parlementaire sur le Grenelle, la réalité a changé : faut-il voir dans cette nouveauté le signe d’une écologie plus “positive”, liée à la dynamique créée autour d’Europe Ecologie, ou un simple effet ponctuel, lié à la thématique traitée – l’environnement- qui est au coeur de notre identité politique ? Je suis d’un naturel optimiste, et la récente convention régionale d’Europe Ecologie a témoigné d’un état d’esprit réellement positif : je parie donc sur les deux explications !

Qu’est-ce qu’un “signe ostentatoire” ?

Mercredi : surréalisme à Matignon


François Fillon consulte.

Le premier ministre est chargé par ordre présidentiel, de “s’entourer de l’avis des partis politiques”, afin de trouver un “consensus” sur le projet de loi si controversé sur l’interdiction du voile intégral. Un peu tard, sans doute, puisque le principe d’une interdiction générale a été annoncé par Nicolas Sarkozy le 23 mars – deux jours après les régionales… Le texte du projet de loi est déjà rédigé et transmis au conseil d’Etat. Le président du groupe UMP, Jean-François Coppé, qui préside à la manoeuvre depuis le début, a déjà crié victoire.

Je me rends donc, en compagnie de Cécile Duflot, à Matignon, pour y exposer le point de vue des écologistes.

Dans l’antichambre du bureau ministériel, nous patientons quelques minutes en compagnie de Michelle Alliot-Marie, qui participe également au rendez-vous.

La rencontre est détendue, parfois presque cordiale, même si elle conserve un caractère convenu : nous y rappelons notre souci du droit des femmes, qui passe prioritairement à nos yeux par un examen rapide du projet de loi sur l’égalité des sexes bloqué depuis des mois sur le bureau du sénat, et notre opposition aux lois de circonstance, difficiles à appliquer et avant tout destinées à assurer un affichage médiatique.

François Fillon ne semble pas se faire beaucoup d’illusions sur la portée du texte qu’il s’apprête à défendre, mais fait sienne la démarche présidentielle : “on ne peut pas ne rien faire”. Il vante l’efficacité de la loi sur l’interdiction des signes religieux dans les écoles, dont il rappelle au passage qu’il fut alors “le seul au gouvernement à l’avoir vraiment défendue” – une pierre dans le jardin du ministre de l’intérieur de l’époque , un certain Nicolas Sarkozy ?

Ayant été membre de la commission parlementaire sur la Burqa, je rappelle que celle-ci n’a pas abouti à un consensus, et que ses travaux ont été parasités par le débat nauséabond et non maîtrisé sur l’identité nationale lancé par Eric Besson et la surenchère de Jean-François Coppé. Nous réitérons notre grand scepticisme devant la démarche adoptée : “une émotion – une loi.” Bizarre, cette propension que peut parfois avoir la droite française, qui se prétend pourtant libérale, à vouloir à tout prix renforcer un arsenal législatif déjà pléthorique pour traiter de questions de société qui touchent par ailleurs à l’identité intime des individus.

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : alors que l’islam tend en France à se séculariser, à se banaliser, quelques individus – et les auditions parlementaires nous ont permis de le vérifier, notamment des converti(e)s- tentent, dans une sorte de mouvement de radicalisation, d’affirmer avec excès et provocation une identité religieuse dévoyée. Nous réitérons nos doutes : la loi est-elle vraiment le meilleur moyen combattre ce repli identitaire désespéré, sclérosant lorsqu’il est volontaire, liberticide lorsqu’il est imposé ?

Dans le dialogue qui s’en suit, le Premier ministre reconnaît volontiers qu’à ses yeux, l’argument de la sécurité parfois avancé pour proscrire le voile intégral est un faux-semblant : la question posée est bien d’ordre politique et philosophique. Le contact est plaisant, et l’homme est à l’évidence une belle machine intellectuelle. Je ne peux m’empêcher de penser que tout cela est quelque peu surréaliste, et que l’énergie du premier ministre gagnerait à être utilisée à autre chose : si j’étais accompagné aujourd’hui dans ce bureau d’habitants de ma circonscription, je doute que le sujet qui nous occupe pendant ces trois quart d’heure d’échanges serait leur priorité !

Cécile se montre encore une fois une bonne porte-parole : elle est pugnace lorsqu’il s’agit de rappeler – leçon acquise de son expérience d’élue de banlieue parisoenne- que les droits des femmes, et singulièrement de celles qui sont victimes de pratiques religieuses dégradantes, sont le plus souvent défendus par des associations que l’Etat devrait plus fortement accompagner et encourager ; elle fait mouche lorsqu’elle fait remarquer malicieusement au premier ministre que la mantille arborée par son épouse lors de la réception du pape pourrait aussi être considérée comme un signe religieux ostentatoire. Sur ce dernier argument, le sourcil du premier ministre se lève, et il admet qu’il avait trouvé que “ce n’était pas une bonne idée”, un sourire complice au coin des lèvres …

Avant de conclure, on nous propose un rafraîchissement : Cécile et moi prenons un verre d’eau, tandis que François Fillon commande un café. Consultant sa montre, il se ravise : ce sera finalement un coca light. L’occasion de vérifier que, bien qu’âgé de plus de 50 ans et ne donnant pas franchement l’impression d’avoir raté sa vie, il ne porte pas de Rollex au poignet…

“Ce n’est pas Facebook qui tue, c’est l’alcool”

Jeudi – Vendredi – Samedi : Facebook rendrait-il fou ?


Week end parisien – une fois n’est pas coutume ! – en famille.

Un programme concocté pour satisfaire les plus petits, avec visites à la tour Eiffel, aux animaux du jardin des Plantes et à Versailles à la clé. L’occasion également de découvrir – mieux vaut tard que jamais – le Musée des Arts Premiers dont Jacques Chirac a initié et suivi la réalisation : belle architecture, et section océanique passionnante. Mais difficile d’infliger aux enfants une succession de salles finalement très classique : la muséographie française demeure décidément très traditionnaliste.

Même si je tente de déconnecter de l’actualité, l’alerte internet que j’ai créée lorsque le mot “Nantes” apparaît dans une dépêche d’actualité fait très régulièrement vibrer le Blackberry au fond de ma poche : le drame survenu après l’apéro Facebook suscite des réactions en chaîne. Sans m’être particulièrement penché sur le phénomène de ces “apéros géants”, je ne peux m’empêcher de penser que, sur ce sujet comme sur d’autres, le débat s’emballe un peu vite.

Jean-François Coppé affirme immédiatement que “les apéros Facebook sont un sujet national”, une ministre évoque une “interdiction”, les demandes de “réglementation” se multiplient. Je ne doute pas que dans la tête d’un collègue, l’idée ne va pas manquer de naître d’une proposition de loi spécifique… Tout cet emballement me laisse dubitatif.

Je me demande si l’on ne fait pas trop vite l’impasse sur une question qui est au cœur du drame nantais : celle de la responsabilité individuelle. A trop vouloir chercher des boucs émissaires, n’en oublie-t-on pas que de pareils drames ont eu des précédents : à proximité de zones de forte concentration de bars, lors de rassemblements festifs -pourtant autorisés et dûment encadrés.

Qu’il faille réduire autant que possible les risques, c’est l’inlassable travail des élus et des responsables de la sécurité publique.

Mais ne confondons pas cause et occasion : ce n’est pas la manifestation, fût-elle “géante”, ni même Facebook qui tue. C’est l’alcool consommé immodérément. Et là, on est bien dans la responsabilité des individus.

écrire commentaire

Commentaires: 2

  • #1

    Michel Guilhamélou-Sempé Narioo (mercredi, 19 mai 2010 11:03)

    Félicitation François pour cette initiative de compte-rendu permanent de ton mandat d’élu. Et bravo aussi pour ton action toujours pertinente et équilibrée de défense des idées des citoyens et citoyennes, tout en reconnaissant le fonctionnement complexe des institutions, à qui il faut sans cesse rappeler qu’elles sont au service des citoyens y compris dans la nécessité de les rencontrer pour expliquer les décisions et entendre pour y répondre les remarques et avis de ceux-ci.
    Que ton initiative suscite des émules parmi les élus, et incite les électeurs à élire d’autres écologistes de ta qualité.

  • #2

    FERON Jacques (mercredi, 19 mai 2010 11:35)

    Analyse très juste concernant les apéros facebook. Pour le reste, la roue tourne….
    Concernant Cécile Duflot, je vous trouve assez gentil avec elle. Depuis son retour de Copenhague, elle enchaîne de nombreuses erreurs médiatiques; donne son avis sur tout sans trop de réflexion. L’erreur monumentale en Alsace de s’allier avec les socialistes semble en bonne partie son fait, et elle ne semble pas en avoir tiré conséquences. Je la considérais longtemps comme une dame pertinente et future chef des Verts, je la vois de moins en moins représentante des militants et à terme d’Europe Ecologie… Dommage, mais il est encore temps qu’elle retrouve sa simplicité perdue.
    Un juste sympathisant.

  • loading