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31

mai

2010

24 – 30 mai

Au programme du carnet de la semaine, débats à l’hémicycle, déboires en TGV, un brin de pitié pour François Fillon, une visite ministérielle à Orvault et la question des revenus, du statut et des moyens de travail des députés.

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Mardi


La semaine écourtée commence par une galère de train. Suite à un suicide sur la voie entre Nantes et Angers, le TGV est détourné par… Rennes. L’occasion de vérifier qu’il ne suffit pas de faire circuler des rames TGV sur une ligne de chemin de fer pour que ce soit à… grande vitesse!

Pour que cette matinée soit totalement perdue, passée debout au bar du TGV, je me rends compte que la batterie de mon ordinateur est à plat.

Pas de prise électrique au wagon-bar… Voilà pourquoi mon carnet de la semaine dernière a pris ainsi une journée de retard dans la vue. Saluons toutefois la capacité de la SNCF à s’adapter à ces situations de crise totalement imprévisibles et indépendantes de sa volonté.

Arrivé à Paris à 13 heures passées, j’ai dû annuler un déjeuner de travail. J’ai également préféré pas prendre mon tour de passage à la séance de question d’actualité, Noël Mamère officiant à ma place. J’ai quand même le temps d’intervenir pour ce que l’on appelle l’explication de vote préalable à deux votes solennels sur des propositions du groupe socialiste. J’annonce évidemment notre vote pour l’abrogation du bouclier fiscal. A noter que pour une fois, quelques députés UMP ou Nouveau Centre ont rejoint l’opposition sur ce sujet en votant pour ou en s’abstenant. François Bayrou fait de même avec ses collègues du Modem. Je plaide aussi pour un vote favorable à une résolution, visant à rétablir l’égalité entre tous les Français, qu’ils soient d’origine étrangère ou pas, lors des renouvellements des cartes d’identité et autres passeports. Je suis en effet particulièrement choqué que l’on puisse demander à des Français de prouver leur nationalité au motif qu’ils ont été naturalisés : le simple fait d’être d’origine étrangère justifie-t-il d’être toujours soupçonné de « faux papiers » ? Pas de réponse du gouvernement. Là aussi quelques députés de la majorité et François Bayrou nous rejoignent.

Je dois ensuite trancher un dilemme concernant mon agenda de l’après-midi. A la même heure, sont en effet programmés une réunion de la commission des Finances, qui examine le projet de loi sur les régulations bancaires – celui là même dont Sarkozy nous annonçait la mise en application immédiate il y a un an- une audition de la mission d’information sur la tempête Xynthia, et l’examen en séance de la réforme territoriale. Même avec la meilleure volonté du monde, un député n’est pas frappé du don d’ubiquité – quand un parlementaire vous dit, pour justifier son absence dans l’hémicycle, qu’il y a aussi des réunions de commission, il lui arrive de dire le vrai !

Et il faut reconnaître que, lorsque les sujets abordés dans des réunions concomitantes sont aussi importants, n’être que trois députés verts rend encore plus difficile l’exercice. Pour celles et ceux qui douteraient encore de l’importance d’avoir un groupe écologiste à l’assemblée, la leçon est à méditer : ne serait-il pas normal, pour tout dire simplement démocratique, que la voix de l’écologie, qui rejoint l’aspiration d’une proportion croissante de nos concitoyens, puisse être portée dans toutes les instances de travail de l’assemblée ?

Toujours est-il que mon choix se porte sur la réforme territoriale : nous avons en effet décidé de déposer une motion de rejet préalable à ce texte de circonstance, qui a dénaturé les travaux utiles de la commission Balladur, et c’est moi qui dois intervenir pour la défendre. Je complète jusqu’au dernier moment un texte que m’a préparé mon assistant pour environ un quart d’heure d’intervention : elle durera finalement plus d’une demi-heure.

Dans mon intervention, je rappelle que les écologistes ont joué le jeu de la concertation, et qu’ils se sont prononcés pour une réforme territoriale. N’avions nous pas d’ailleurs – et l’image a frappé, tant elle était inédite- reçu Edouard Balladur au siège des Verts pour poursuivre le dialogue entamé devant sa commission ? C’est dire que la bouillie pour chats qu’a produite le gouvernement à partir des travaux de la commission nous navre. Les socialistes présents dans l’hémicycle voteront avec nous. Certains d’entre eux partagent, je le sais, notre vision d’une nouvelle organisation politico-administrative de la France fondée sur une plus grande décentralisation, simplifiée et clarifiée, en un mot démocratisée.

Mais je sais aussi que, en rappelant notamment la position des écologistes sur la suppression de l’échelon départemental – que nous souhaiterions voir devenir une circonscription de proximité de l’action régionale-, nous ne faisons pas l’unanimité à gauche ! Une collaboratrice me rapporte d’ailleurs les propos d’une députée PS par ailleurs présidente d’un conseil général. En quittant l’hémicycle avant la fin du débat, afin de ne pas avoir à voter notre motion, elle grogne :”Je ne vais pas rester voter cette motion car je refuse de cautionner les conneries de Rugy !“. La preuve qu’à gauche aussi, l’union est encore parfois un combat !

Mercredi

En réunion de la commission des Finances nous poursuivons l’examen du projet de loi gouvernemental sur la régulation financière. Une occasion supplémentaire de vérifier l’écart entre les discours présidentiels et l’action de sa majorité : les dispositions les plus contraignantes pour contrôler les dérives des comportements des institutions financières – dont tout le monde s’accorde à dire qu’elles ont précipité la crise – sont systématiquement rejetées. Désespérant…

La séance des questions au gouvernement voit de nouveau le premier ministre et les socialistes s’opposer frontalement sur la question de la retraite à 60 ans. François Fillon tente de défendre le point de vue présidentiel rapporté par le Figaro du jour, selon lequel la cause de tous nos malheurs viendrait de la décision de …François Mitterrand en 82 d’instaurer la retraite à 60 ans (si j’étais VGE, je m’attendrais à être bientôt tenu pour responsable d’un des multiples échecs du pouvoir actuel) . “La faute à mes prédécesseurs”, décidément, la ficelle présidentielle devient de plus en plus grosse.

Surtout lorsqu’on redécouvre, grâce à Libération, les propos d’un certain Nicolas Sarkozy en janvier 1993, je cite :” Nous avons toujours été pour la retraite à 60 ans”. Quinze ans plus tard, devenu président de la République, le même confirmait, sur les antennes de RTL, au sujet du relèvement de l’âge légal pour partir en retraite : ” je ne le ferai pas. Je n’en ai pas parlé pendant ma campagne présidentielle. Ce n’est pas un engagement que j’ai pris devant les Français. Je n’ai donc pas de mandat pour cela.” En regardant François Fillon justifier ces retournements successifs, je me surprends à plaindre le premier ministre d’un président aussi inconstant.

Jeudi

TGV – manif – ministre. La mobilisation nantaise contre les projets gouvernementaux est forte mais, il faut en convenir, pas massive. Le cortège qui s’étire sous un ciel menaçant est comparable à celui qui s’était déjà formé il y a un an. Le pouvoir a-t-il raison de se satisfaire de cette mobilisation contenue, et d’y voir le signe, sinon d’une adhésion à sa réforme, du moins d’une résignation de l’opinion à l’idée de l’allongement de l’âge légal de départ en retraite ?

Je ne le pense pas : les plus grandes colères sont les colères sourdes, qui surviennent brutalement. Ces manifestants le sont souvent “par procuration” : la crise et les difficultés sociales découragent sans doute beaucoup de salariés mécontents à faire grève, et donc à perdre une journée de salaire. Et au fil des conversations que je noue avec des visages connus ou des gens qui me reconnaissent, je perçois une vraie détermination. “Injustice” est le mot qui revient le plus souvent dans leurs propos.

Dans la foule, j’aperçois la caricature de l’affiche présidentielle de 2007 : “ensemble, tout devient possible”. Lorsque l’on voit ce qui s’est produit depuis, comment s’étonner que la promesse d’alors sonne aujourd’hui, pour beaucoup, comme une provocation ?

Après-midi bousculé par une visite ministérielle : Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Justice, visite l’établissement pénitentiaire pour mineurs d’Orvault. Je décide de répondre à l’invitation de la préfecture : courtoisie républicaine oblige, mais également parce que je connais bien cet établissement et ses personnels.

Il y a quelques mois, le suicide d’un détenu nous a rappelé que, bien que moins dures que dans un établissement pénitentiaire classique, les conditions de détention s’apparentent bien à une vie carcérale, et que les souffrances humaines accompagnent ses pensionnaires comme les personnels chargés de leur surveillance et de leur accompagnement éducatif et psychologique. Le ministre écoute beaucoup, est affable. Il prend le temps de discuter, sans caméras, ni micros, avec quelques uns des jeunes détenus.

Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver que la décontraction qu’il arbore, et les traits d’humour dont il ponctue ses propos devant la presse sont parfois assez malvenus dans un tel lieu. Est-ce pour mieux oublier que ses attributions ministérielles réduites à la portion congrue auprès de Michèle Alliot-Marie le cantonnent à un rôle de commentateur ?

Vendredi

La lettre à Lulu se veut le pendant local du canard enchaîné. A son auguste modèle, elle emprunte un format sur 8 pages, une bichromie déclinée en rouge et noir, une absence de photos, le recours à des dessins humoristiques, l’absence de publicité, les jeux de mots souvent amusants et l’ambition affichée de faire éclater au grand jour des vérités cachées.

Différences – notables- avec son confrère national : l’irrégularité de sa publication – qui lui a fait adopter le joli sous-tire d’irrégulomadaire-, et une approche éditoriale où la volonté de caricature et sans doute une rapidité de rédaction amènent à des raccourcis et à des approximations. La rigueur journalistique en est quelque peu malmenée. C’est dire que, lorsqu’on est député nantais, on n’échappe que rarement aux coups de griffe de Lulu.

La dernière édition, que je découvre aujourd’hui, mais dont j’ignore la date de parution, n’échappe pas à la règle. J’y suis épinglé pour avoir, il y a plusieurs mois, publié les éléments financiers relatifs à l’exercice de mon mandat : une “campagne de communication pleine d’arbres qui cachent des bosquets” selon l’ami Lulu… Et de relater les éléments que j’ai publiés, en mettant en exergue le fait que ma compagne a été, durant un an, l’une de mes collaboratrices : une information publique, pour la bonne raison que …je ne l’ai jamais cachée, que son nom figurait sur mes documents de communication. Au demeurant, le journaliste a la grâce de reconnaître que “sa compétence n’est pas mise en doute, et ce n’est évidemment pas un problème d’emploi fictif, la responsabilité du journal de député en attestant”.

Bref, rien de bien nouveau, et je n’évoquerais même pas cet article – qui démontre d’ailleurs très bien que, sur cette question de la transparence financière, je suis bien seul à jouer le jeu- si le papier ne comportait pas des informations erronées. Elles ne sont que la reprise de rumeurs colportées sur le net ou dans les conversations de comptoir : certains fantasmes antiparlementaires ressassés y trouvent leur écho, depuis les “gueuletons à la cantine très haut de gamme de l’assemblée nationale”, les “prêts personnels à taux réduit” dont bénéficieraient les parlementaires, jusqu’à “l’assurance chômage à vie de 1 390 euros” – sans doute la précision de la somme est-elle sensée convaincre de la vérité d’une information qui est en fait totalement inexacte.

Si la partie qui me concerne me laisse relativement froid, l’article dans son ensemble m’exaspère sérieusement. Il relaie cette idée nauséabonde selon laquelle les parlementaires formeraient une caste de privilégiés occupés à s’enrichir personnellement, et à cacher leurs turpitudes.

Face à cela, certains – y compris des amis, y compris des collègues bien intentionnés- ont tenté de me convaincre que, finalement, sur cette question des rapports entre l’argent et la politique, il n’y avait “que des coups à prendre”, et que la meilleure des choses était encore de se taire, en application de la vieille règle selon laquelle « ces choses-là, on n’en parle pas ».

Peut-être devrais-je les écouter, au demeurant : ma tranquillité y gagnerait sans doute. Mais pas mes convictions : je crois en effet indispensable au maintien du pacte républicain que la confiance entre les citoyens et leurs élus soit forte, et établie sur des bases de clarté de l’information.

Je crois profondément que c’est l’opacité et la loi du silence qui alimentent les rumeurs et les fantasmes. C’est la transparence totale qui doit permettre de fin à ce climat malsain. Cela contribuera par ailleurs à faire adopter des modifications, que je prône depuis le début de mon mandat et qui sont nécessaires pour rétablir la confiance entre les citoyens et les élus soit rétablie.

C’est pourquoi je demande à mes collaborateurs de réaliser un panorama aussi complet et précis que possible sur toutes les questions qui nous sont posées, qui alimentent le débat et parfois la polémique. Sur les revenus des députés, leur retraite, leur système d’assurance-chômage, sur les moyens de fonctionnement -directs via l’indemnité de fonctionnement, indirects via les facilités qui nous sont attribuées par l’Assemblée-, sur le crédit collaborateur et son usage, sur la réserve parlementaire, je leur commande un exposé court et factuel qui explique les règles en vigueur. Et sur chacun de ces points, je donnerai mon point de vue : à la fois ce que je fais à titre individuel, mais également les réformes que je propose et pour lesquelles je me battrai. Cela, je le posterai la semaine prochaine sur Internet. Et chacun jugera.

Avis aux fidèles lecteurs, s’il y en a (!) : la semaine prochaine, le carnet sera sans doute allégé. Voyage d’études en Chine oblige, dans la cadre d’une formation que je suis depuis le début de l’année avec l’IHEE(Institut des Hautes Etudes de l’Entreprise). Pas sûr que le décalage horaire, le programme chargée de visites et de rencontres, et le caractère aléatoire des connexions internet permettent d’être au rendez-vous de l’écriture.

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Commentaires: 1

  • #1

    Bernac’h (mardi, 01 juin 2010 00:24)

    Des idées claires, suivies d’une expression fluide. Importantes, elles sont dites sans emphase et s’entremêlent au récit du quotidien. Dorénavant je prendrai plaisir à lire ce carnet régulièrement. Merci.

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