lun.

10

janv.

2011

"S'opposer, proposer, construire..."

FDR publie son journal de circonscription, distribué dans tous les foyers des quartiers de Nantes - Orvault - Sautron dont il est le député.

C'est l''occasion de revenir sur les derniers mois de la vie parlementaire, et de tracer des perspectives pour la période à venir, essentielle pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent préparer une alternance crédible et convaincante à la politique menée depuis 2007...

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Au cours des derniers mois, vous avez été amené à intervenir souvent dans les travaux de l'Assemblée...


Je suis membre de la commission des Finances, et nous avons examiné le budget. Je suis le porte parole écologiste à l'Assemblée sur les questions financières et institutionnelles, et nous avons eu à travailler sur la réforme territoriale et sur celle des retraites : cela m'a amené à être souvent en première ligne, oui...

Parlons des retraites, justement. Comment avez-vous vécu le débat parlementaire ?


L'atmosphère était étrange. Dans les rues, les Français se sont mobilisés en masse. Toutes les forces syndicales étaient opposées au projet gouvernemental et émettaient des propositions pour en amender les dispositions les plus contestables. Dans les couloirs, des collègues de la majorité convenaient que sur la pénibilité, la situation faite aux femmes, le compte n'y était pas. Et, dans l'hémicycle, le gouvernement a imposé un débat factice, ne daignant intégrer que les minuscules concessions concoctées directement à l'Elysée...Nous nous sommes battus, mais c'était un peu l'histoire de la chèvre de Monsieur Seguin ! Et, au matin, bafouant le règlement de l'Assemblée, ce qui est une première, le président de l'assemblée a mis fin à nos travaux...


Mais au final, la réforme est adoptée, et les retraites sont financièrement sauvées, non ?


Mais ça, c'est un conte de fées ! Un article de la réforme dispose - quel aveu !- qu'en 2013, on devra remettre le système à plat,  des modes de financement et des modes de calcul des retraites - précisément ce que les syndicats souhaitaient faire dès aujourd'hui ! Contrairement à ce qu'affirme le président Sarkozy, qui agite des chiffres fantaisistes, l'équilibre financier n'est pas garanti - pour boucher les trous on a pillé le fonds constitué pour faire face au papy boom de 2020 - et les hypothèses de croissance sur lesquelles reposent les projections financières n'ont aucune chance d'être atteintes. Bref, on a fait une réforme de court terme, on a mimé le courage, sans régler la question. Quelle que soit la majorité après 2012, il faudra y revenir.

 

Quelles leçons avez-vous tirées de cette séquence des retraites, à titre personnel et politique ?


La méthode retenue était mauvaise. J'ai été frappé d'entendre le président de la république prétendre qu'il n'avait en tête que "l'intérêt national". Comme si une seule personne, tout intelligente et de bonne volonté qu'elle puisse être, pouvait à elle seule définir ce qu'est l'intérêt national ! C'est par le dialogue et la négociation que se construisent les consensus, pas par la force.


Au-delà de la méthode, il y a le fond : cette réforme est déséquilibrée - elle fait porter l'essentiel de l'effort sur les salariés et les plus modestes. Cette réforme n'est pas financée sur le long terme.


Reprendre cette question des retraites nécessitera que tout le monde fasse preuve d'humilité. Personne, à lui seul, ne peut prétendre avoir la solution ! Pour ma part, j'ai écouté les représentants syndicaux locaux, que j'ai reçus, ensemble, avant le débat parlementaire, à ma permanence. Aucun député de la majorité n'a fait de même : cela en dit long.

Il y a désormais un nouveau gouvernement, un programme d'action pour les 18 prochains mois redéfini par le président de la République ...c'est une nouvelle phase de votre mandat parlementaire qui débute ?


Parler de nouveauté serait excessif. Le gouvernement n'a rien de nouveau : c'est peu ou prou le même, avec quelques ministres en moins, et un poids encore plus fort de l'UMP. Le programme d'action présidentiel, c'est la continuité de celui qui est engagé, plus celui qui est imposé par la crise et la situation catastrophique des finances publiques. C'est la confirmation de l'abandon de l'ambition écologique.


Mais surtout, pour les Français, rien de nouveau, bien malheureusement : une crise qui perdure, un chômage qui s'enkyste, une incertitude terrible sur l'avenir - le sien, celui de ses enfants - qui ne trouve aucune réponse.


Mais le président a annoncé une réforme fiscale, un financement de la dépendance : ce n'est pas rien !


Sur la fiscalité, que nous annonce-t-on ? Sous couvert d'un abandon plus ou moins explicite du bouclier fiscal, se profile en fait la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune. Le comble c'est qu'il serait remplacé par un impôt sur les revenus du patrimoine : autrement dit, le capital dormant sera détaxé, quand le capital investi dans l'économie sera taxé ! On marche sur la tête...


Pour ce qui est de la dépendance, Nicolas Sarkozy a annoncé une réforme indispensable. Si elle veut répondre aux besoins de la société française, il faudra la mener dans un esprit de réelle coopération transpartisane, et sur le long terme. La création du 5ème risque de la sécurité sociale serait sans doute plus crédible si la politique gouvernementale n'avait pas pour conséquences au quotidien, une dégradation de la protection sociale des Français. Mais sur un sujet aussi essentiel, je ne verserai pas dans le procès d'intention : dans la mise en place de cette nouvelle branche de la sécurité sociale, les députés écologistes seront des partenaires responsables, positifs, mais exigeants. Nous devrons veiller notamment à ce que les principes de solidarité prévalent sur les solutions de privatisation du risque au bénéfice d'organismes à but lucratif.

Plus que jamais opposant ?


S'enfermer dans la critique systématique serait stupide - même si cela serait, la plupart du temps, légitime, tant la politique conduite est contraire aux principes de solidarité et d'efficacité. Pour moi, un député, c'est quelqu'un qui accompagne, et qui propose.


Accompagner les initiatives locales, les acteurs de terrain dans leurs missions : être aux côtés des enseignants qui se battent pour préserver leurs moyens d'éducation, aider les associations à développer leurs activités de solidarité ou de préservation de l'environnement, écouter les acteurs économiques, répondre aux sollicitations de femmes et d'hommes qui sont perdus dans des dédales administratifs. Tout cela, je le fais, par la présence, mais aussi par des questions écrites, des interventions, des propositions d'amendements aux projets de lois...

Et puis il y a les propositions de lois qui préparent l'avenir, qui montrent qu'on peut agir autrement. Je défends actuellement une proposition sur le référendum citoyen, qui permettrait aux citoyens d'imposer l'examen d'une proposition de loi. J'ai co-rédigé, avec Eva Joly entre autres, une contre-proposition de budget : le chantier de la fiscalité écologique est entier ! Je suis persuadé que nous devons inventer une fiscalité incitative, ciblée sur la consommation d'énergies non-renouvelables et sur les produits et services les plus néfastes pour l'environnement, en affectant les recettes fiscales à une diminution des charges salariales pour les individus et les entreprises, et à une réduction de nos déficits.
J'ai défendu un amendement sur l'alignement des retraites de parlementaires dont je rejet a fait tellement de bruit que la majorité a été contrainte d'engager un aménagement du système... Parfois on peut faire bouger les lignes. Et pour l'avenir, c'est toujours utile...

Il y a de l'espoir, alors ?


Le sarkozysme a produit une sorte de dépression universelle, qui touche les gens de manière individuelle, mais aussi collective. On ne s'en sortira que par des efforts justement répartis, et par une approche réellement collective de l'exercice du pouvoir - et pas seulement en remplaçant un camp par un autre.


Chacun le sait, je suis écologiste, et je me réjouis de l'unité enfin réalisée des écologistes. Notre monde consomme plus de richesses naturelles qu'il n'est capable d'en régénérer. Les rejets que notre modèle de développement produit dans l'environnement - dans l'atmosphère, sur terre et dans les eaux, qu'elles soient marines ou fluviales - rompent des équilibres naturels indispensables à la permanence de la vie. Les déséquilibres entre les différentes régions du monde, mais également les inégalités entretenues et aggravées au sein de chacune des sociétés qui forment la communauté humaine mettent en danger la cohésion minimale hors laquelle les conflits sont inévitables.


C'est parce qu'elles et ils partagent cette analyse que les femmes et les hommes qui ont rejoint Europe Ecologie - Les Verts ont décidé d'unir leurs forces citoyennes dans un même engagement politique. C'est un facteur d'espoir !


Mais aucune force politique ne porte en elle toutes les solutions : c'est pourquoi je favorise toujours, dans mon action parlementaire, le dialogue et la coopération. Je le fais avec les autres courants de l'opposition, mais aussi, au-delà, avec celles et ceux, d'où qu'ils viennent, qui veulent contribuer à l'émergence d'une alternative à la politique menée depuis trois ans et demi.

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