lun.

31

oct.

2011

Etre député, face à la crise

Le journal du député sera bientôt dans les boîtes aux lettres...

Comme pour chaque numéro, plutôt qu'un éditorial classique, FDR a choisi d'ouvrir ce compte rendu de 16 pages de son action parlementaire par une interview. L'occasion de revenir sur l'activité législative des 6 derniers mois, mais également de mettre en perspective les débats en cours ou à venir, notamment ceux traitant des enjeux financiers.

>> Pour lire l'interview de FDR, cliquez ici  

A  moins de 8 mois de la fin de leur mandat, les parlementaires sont-ils en "roue libre "?


C'est mon premier mandat : je ne sais donc pas ce qu'il en est des législatures "normales", mais une chose est sure : ce n'est pas le cas cette fois ci ! La crise économique et financière s'invite en permanence dans les débats et bouscule le calendrier - songez qu'on a cette année modifié huit fois le budget 2011 en cours d'exécution ! Et le gouvernement passe son temps à nous demander de défaire ce qu'il avait fait la veille...

 

Cette crise, que vous dénoncez, le gouvernement en serait responsable ?

 

Non, bien évidemment, on ne peut pas reprocher au gouvernement de la France une situation qui est mondiale. Mais notre pays va plus mal que d'autres - il suffit de comparer les taux de chômage avec ceux des Allemands. C'est la conséquence de choix qui ont été faits depuis 2007, qui ont soit aggravé la crise, soit été inefficaces pour en atténuer les effets.

Le député que je suis a vu, au cours de ces quatre années, s'exprimer sur les bancs de la majorité une connivence étrange avec les plus favorisés. La connivence, elle se manifeste dès le soir de l'élection de Nicolas Sarkozy, au Fouquet's, mais elle se poursuit ensuite dans le travail législatif de l'Assemblée. Au sein de la commission des Finances ou dans l'hémicycle, les relais des acteurs financiers sont légion au sein du groupe UMP. Que de timides dispositions soient envisagées pour taxer plus fortement les revenus du capital - qui sont beaucoup moins imposés que ceux du travail-, et voilà les lobbies qui entrent en scène : aux racines de la crise, il y a l'injustice fiscale et sociale.

 

Tout serait donc lié à une simple affaire de "connivence de classe" ?

 

Le défaut d'anticipation du gouvernement face à la crise de la finance n'est pas simplement lié au clientélisme : il procède d'un choix politique.

En arrivant au pouvoir en 2007, le gouvernement et sa majorité baignaient dans la logique libérale et dans la fascination envers les marchés financiers. On oublie trop souvent que, dans le programme du candidat Sarkozy, figurait une phrase pourtant mémorable :  " Une économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages (...) Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement.....". Oui, en accédant à l'Elysée, le président avait pour ambition avouée d'importer en France le modèle américain des "crédits subprime" qui ont provoqué le désastre de la finance en 2008.  Son modèle de développement était bâti sur l'endettement ! On voit aujourd'hui le résultat.

 

Mais depuis, le gouvernement a changé son fusil d'épaule : il a renoncé au bouclier fiscal, est revenu sur les principales dispositions de la loi TEPA, que vous aviez dénoncée... cela devrait vous satisfaire ?

 

Pour défaire, le gouvernement défait ...ce qu'il avait lui-même instauré. Mais il ne le fait que partiellement - en s'entêtant à conserver des dispositifs stupides en matière d'emploi (les cadeaux aux entreprises sur les heures supplémentaires - ou en continuant à servir ses "clientèles" - notamment par une fiscalité du patrimoine excessivement favorable par rapport à celle du travail.

Tout ce qui avait été annoncé - le fameux "grand chantier présidentiel" sur la protection sociale et la dépendance des personnes âgées, notamment, est oublié, comme si les problèmes avaient disparu...

Le seul souci du gouvernement, c'est de boucher les trous dans le budget, alors on fait les fonds de tiroirs : la taxe sur les mutuelles de santé, sur les boissons gazeuses... L'histoire retiendra que Nicolas Sarkozy et François Fillon auront été les champions toutes catégories des inventions de taxes ! Mais cela ne fait pas une politique fiscale efficace et cohérente, et encore moins une politique économique et sociale...

 

Vous vous opposez, mais que proposez-vous ?

 

D'abord - c'est la base de tout - une réforme fiscale qui soit courageuse et sincère. Pour combattre les déficits et contenir la dette, il faut tout remettre à plat, par une simplification de l'impôt - en fusionnant impôts sur le revenu, sur le patrimoine, la CSG et la CRDS- et par une réintroduction de la justice fiscale - en concentrant les efforts sur les plus hauts revenus, car aujourd'hui, ce sont encore une fois les classes moyennes qui voient s'entasser les taxes. Et puis il faut rendre l'impôt "intelligent", en supprimant des niches fiscales anti-écologiques, comme la détaxation du kérozène sur les vols aériens intérieurs que rien ne justifie, et en ayant une fiscalité incitant à la maîtrise des consommations énergétiques - plus faible sur les faibles consommations, plus forte quand il y a dépassement de seuils. J'ai déposé une cinquantaine d'amendements en ce sens au budget 2012 : croyez moi, les écologistes sont prêts...

 

Il y a la dette ,certes,  mais la première préoccupation des Français, c'est l'emploi...

 

La dette, c'est l'ennemie de tout développement économique durable. Chaque année, en juillet, l'Etat commence à vivre à crédit. En septembre, c'est la planète qui commence à consommer plus de ressources naturelles qu'elle ne peut en produire. Ces deux phénomènes sont les deux faces d'une même réalité. C'est un nouveau modèle de développement économique qu'il faut réinventer.

Pour le gouvernement sortant, l'écologie c'était un objet de communication ponctuel : on a fait le Grenelle, et puis, quand est venu le gros temps, on a dit - c'est le président de la république qui l'a dit ! - "l'écologie, ça commence à bien faire !". C'est un non sens absolu : le seul moteur de croissance nouveau, c'est celui de l'écologie. Ce sont les travaux nécessaires à la baisse des consommations énergétiques. Ce sont les emplois industriels liés aux énergies renouvelables. C'est la relocalisation des productions agricoles et agroalimentaires. Ce sont les circuits cours économiques, avec des entreprises innovantes qui échappent à la dictature des marchés financiers et des actionnaires...

 

Pour vous, le temps est donc encore à l'action, pas encore au bilan ?

 

L'action pour s'opposer, pour proposer et tracer des perspectives. Pour être aux côtés de celles et ceux qui se battent - pour l'école de leurs enfants, leur emploi, leur protection sociale. Le temps du bilan viendra, bien sûr : c'est un impératif en démocratie. Mais rendre des comptes sur mon action, je le fais depuis quatre ans. On peut être d'accord ou pas avec moi : mais je crois sincèrement que l'on ne peut pas dire : "on ne sait pas ce qu'il pense, ou ce qu'il fait". 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Franck P. (samedi, 05 novembre 2011 14:21)

    Merci beaucoup pour cette transparence si rare dans le monde politique.